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#1 26 06 2016 17:54:09

Balthazar
Membre

Bilan de 10 ans clean

Voici le témoignage que je peux rendre, après 16 ans de programmes –presque la moitié de mon existence– et bientôt 10 ans clean…
Au risque d’effrayer le nouveau, je traiterai sur un même pied : les produits modifiant le comportement, les troubles sexuels/affectifs, et toutes les compulsions en général : alimentaires ou monétaires, jeux, violences etc.
J’oserai d’abord nuancer, et en plus comparer, en commettant, de surcroit : le crime de lèse-majesté, puisque je nommerai, disons, le christianisme.

C'est-à-dire qu’entre la théorie, et la mise en œuvre, qui d’un programme, qui d’une religion, se trouve souvent un fossé. À telle enseigne que, chez certains, les 12 étapes peuvent servir à réaliser une ambition médiocre, alors qu’il renferme les clés d’un accomplissement très profond. D’un abord concret, il autorise chacun à mener la vie qu’il souhaite, grâce à la modularité à laquelle on peut souscrire. D’aucuns diront qu’ils veulent juste se débarrasser du produit, et continuer pareil, pour l’essentiel, le reste du temps ; alors qu’une majorité s’impliquera plus largement –dans le service par exemple– ou bifurquera, professionnellement notamment, mais aussi personnellement etc. Une dernière frange, prendra un chemin d’excellence…

En un sens donc, Narcotique Anonyme est une révolution par rapport aux fondements chrétiens, si l’on se cantonne à la vision castratrice, du Dieu punisseur, qui interdit ce qui est agréable et mal systématiquement, et oblige à faire le bien dont on se serait passé, n’était la crainte du châtiment, ou le désir de récompense. Sauf que, cette acception n’est elle-même, qu’une version avilie de la doctrine, et dont je crois qu’un équivalent est tout aussi répandu dans les salles, mutatis mutandis. Les 2 corpus se recouvrent largement, cependant, il serait simpliste de comprendre le dernier arrivé comme un prolongement du premier, ou comme sa laïcisation, voire sa généralisation.

La question qui m’a obsédé, a été de savoir si la tempérance valait mieux que l’excès. Nous en avons terminé, en exorde, avec les avertissements inhérents au monothéisme chrétien, et ce n’est pas exactement de la fameuse vertu cardinale dont nous vous entretiendrons ici. Car enfin, l’abstinence ne souffre pas la division, elle est absolue, et partant, intrinsèquement ‘extrême’. De même que la maladie qu’il soigne, le programme possède, en effet : des virtualités assez radicales. L’on sait comment nos afflictions projettent leurs conséquences délétères partout où le champ est laissé libre, qu’il ne suffit pas d’agir localement, ou pire, de façon ponctuelle ; qu’au contraire, un effort soutenu est indispensable.
Quid de la sexualité, des addictions constructives telles que sport ou travail ? Je faisais en même temps le constat, qu’il m’avait fallu être repu de certains plaisirs, pour ne plus les ressentir comme des besoins, mais le dilemme se refermait sur l’impossibilité de jouir à outrance de tout, avant que d’en être lassé ! En l’occurrence, j’ai eu une enfance heureuse, et tout le loisir de m’adonner aux activités qui l’accompagnent idéalement. Sans qu’il se soit agit d’abondance ou d’excès, mais j’ai bénéficié de tout ce qu’il était nécessaire pour m’épanouir ; à l’inverse de beaucoup d’autres, et dont je remarque qu’ils sont encore aux prises, à l’âge adulte, avec leurs désirs d’enfants : de jouer, de se battre (hooligans) d’acheter des petites motos, des friandises, du voyage et des rêves. Il y a belle lurette que je ne suis plus réceptifs le moins du monde à ce genre d’occupations extérieures de richesse.

Entre le pôle esquissé en entame, consistant à se retenir de certaines choses, où les gens finissent par exploser, et celui, débridé, où les sujets, en réalité, se rapprochent du centre d’une spirale qui les ramènent au stade pré-animal de la survie, de l’asservissement au produit, qui précède leur implosion, il était tentant d’opter pour le ‘juste milieu’. Mais le raisonnement est aporétique, vu que l’arrêt total est la seule alternative du dépendant… La contradiction se double de l’impératif de maintenir certaines consommations physiologiquement justifiées : nourriture, sexe, société etc.

Je suis sorti du tunnel, à l’aide d’un parallèle avec les secteurs : primaire (agriculture), secondaire (industrie), tertiaire (services), et l’on pourrait en voir un quaternaire dans l’information, le réseau, la cognition etc. Après des millénaires, où 99% des Hommes trimaient aux champs, la révolution industrielle a permis de libérer des bras, pour remplir les ateliers. Par effet de boucle, les 2 phénomènes d’augmentation de la productivité primaire, et du soutien de celle-ci par les ustensiles issus du secondaire, se sont renforcés mutuellement. Au point que 3% parviennent, en occident, à générer tant de denrées qu’elles débordent nos capacités d’absorption et s’exportent aux ‘Suds’. Sachant que les matières premières forment les inputs du secondaire, qui lui-même est comme : ‘pris en main’ par les opérateurs du tertiaire qui en gèrent l’exploitation indirectement, l’on augure du fait qu’à moyen terme, l’exode se fera du tertiaire au quaternaire, quand des logiciels optimiseront toutes ces tâches : comptables, logistiques, surveillance, etc.

Par analogie, cette nostalgie de l’enfance nous rappelle l’époque où nous étions focalisés sur l’éveil des sens. Après une prolétarisation, que symbolise notre dépendance active, la méthode NA nous a permis de progresser dans nos processus vitaux, pour nous passer de la saignée dans nos moyens qu’était l’accaparement des activités primaires, et secondaires dans une moindre mesures (car notre industrie (au sens juridique) avait en charge la découverte de débouchées pour les produits de nos primes entreprises) a suivi la maîtrise de ses fondamentaux, par leur assainissement, et le report de nos énergies vers des considérations plus dignes. En 1 mots, j’ai appris à combler mes besoins basiques, le ‘vide intérieur’ dont on parle en réunion, mais qui peut aussi être un ‘trop plein’ (selon comment on le regarde) mais sans recourir aux expédients de la consommation.

L’on préconise toujours de ne pas lutter directement contre les défauts, mais de développer nos qualités, et c’est aussi pour éviter d’en appeler à la ‘volonté personnelle’ qu’on s’en remet à une ‘puissance supérieure’. Ces concepts sont difficiles à saisir, plus faciles à pratiquer, mais comme : « la raison a besoin de comprendre ce qu’elle croit », il n’est pas inintéressant de les éclaircir. Tout dépendant, a –par définition– essayé de contrôler le produit, et échoué en cela. Et : « la folie consiste à croire que les mêmes actions se traduiront par des effets différents. » D’où la répétition sclérosée des mêmes travers, qui confine au bug informatique. Si vous êtes en train de vous noyer, la volonté n’est d’aucun secours, si vous ne savez pas nager. NA tend une perche, et au bout, une personne explique comment faire les mouvements, mais vous seul pouvez la solliciter, écouter, vous y tenir et vous remuer. (Un peu comme dans le catholicisme, où l’on prétend que la révélation est donnée par Dieu, mais acceptée par le fidèle, le message peut être reçu, mais pas inculqué.) S’abandonner au programme, et avoir la volonté de se rétablir, plutôt que de se retenir, revient à stopper les mouvements erratiques –qui épuisent leur homme– et à se discipliner, pour substituer la technique à la force. Le développement, l’intelligence, çà n’est rien d’autre que reprendre un héritage culturel, des savoirs empiriques, et remplacer les anciens dans leurs activités, en les améliorant, pour la génération qui s’ensuit.

L’on est donc aux antipodes du ‘juste milieu’, car le dépendant ne connaît pas la mesure. (1 fois c’est trop, 1000 jamais suffisant.) L’on est dans un double extrême, dans une coévolution, car la découverte d’horizons nouveaux : la spiritualité, la richesse de relations humaines sincères, le regain pour toutes sortes d’études, d’emplois, d’associations, (qui recoupent les secteurs tertiaire et quaternaire dans notre topique) ont des répercussions sur notre estime de nous-mêmes qui est au plus bas en arrivant, et nous emplissent d’une satisfaction après quelques temps d’une traversée qui cumulent les inconvénients de la consommation et de la liberté. C’est pour éviter qu’il ne soit déçu, et ne renonce, que j’ai toujours choisi de ne pas minimiser l’épreuve du sevrage, ni les délais nécessaires au rétablissement, et pour commencer seulement de récolter. Mais c’est vrai que le jeu en vaut la chandelle. Qu’outre le fait que nous n’avons pas tellement le choix, se rétablir ouvre au bonheur, et dès le début, pour relativiser les lignes ci-dessus, des « cadeaux » sont octroyés, au pire moment parfois, sans que l’on s’y attende. Mais il y a aussi des pièges nombreux, qu’esquivera celui qui aura prêté l’oreille, car ils sont classiques, et les parrains ne cessent de les montrer du doigt. Devenir clean, c’est une aventure extraordinaire, c’est retrouver un intérêt pour les moindres détails qui nous entourent et chaque instant devient plus intense, d’une certaine façon, infiniment plus excitante et ‘apaisée’ aussi que ce qu’à pu être la consommation durant sa période initiale, et qui me rappelle, à moi, l’innocence de l’infant, mais le pouvoir en plus, et la conscience également. Après un lourd investissement, le programme permet de savourer chaque moment, et le temps s’accélère et se dérobe à celui qui, dès lors, voudrait ne pas en perdre une miette, comme s’il s’agissait de vacances permanentes. Car, même le travail est transcendé, et se mue en une passion stimulante. Tous les accidents prennent une tournure instructive, et deviennent des occasions d’avancer. Les révélations succèdent aux révélations, et la curiosité grandi, comme l’assurance, et tout en étant plus réaliste quant à la fragilité de notre être, et même si la vulnérabilité fait peur, elle permet de conjurer le danger. Pour moi, c’est vraiment comme d’être passé du statut d’un serf du moyen-âge, à celui d’un philosophe du 21ème siècle.

Je continue de galérer dans pas mal de domaines, mais avec la conviction éprouvée que la courbe est ascendante, individuellement et collectivement.

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#2 26 06 2016 22:11:38

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Bonsoir : j'avoue être ravie de lire...quelque chose - bon j'avoue également
que je suis obligée de m'accrocher pour comprendre , mais un petit effort anté nocturne sera le bienvenu.

ça va me prendre du temps et ça va être long  - d"autant que j'ai du mal à synthétiser
ceci dit c'est un effort auquel j'essaie de m'astreindre à être concise.

j'ajoute que je ne pose aucun jugement - merci en tout cas

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#3 26 06 2016 22:22:54

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

. D’aucuns diront qu’ils veulent juste se débarrasser du produit,
et continuer pareil, pour l’essentiel, le reste du temps ;
alors qu’une majorité s’impliquera plus largement –dans le service par exemple–
ou bifurquera, professionnellement notamment, mais aussi personnellement etc.
Une dernière frange, prendra un chemin d’excellence…
.


Une phrase toute simple entendue en réu,
m'a immédiatement captée :"
si vous "posez" le produit de consommation ( quel qu'il soit)
en continuant à fonctionner comme des alcoolos des toxicos ou des addicts :
vous recommencerez -

également :

"si vous n'êtes pas plus heureux avec la sobriété
que voulez vous que je vous dise :" reconsommez".

D'emblée cela m'a semblé d'une évidence claire...

J'ai un peu de mal avec la formulation :"chemin d'excellence" mais c'est tout personnel.

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#4 26 06 2016 22:31:23

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

En un sens donc, Narcotique Anonyme est une révolution par rapport aux fondements chrétiens,
si l’on se cantonne à la vision castratrice, du Dieu punisseur,
qui interdit ce qui est agréable et mal systématiquement,
et oblige à faire le bien dont on se serait passé, .


je sais pas si c'est une révolution ,
je ne possède pas une grande culture générale .
il y du y avoir anté narcotique anonyme
des mouvements "religieux et spirituels" qui portaient en eux ce que l'on peut retrouver
sans la spiritualité en générale des fraternités anonymes.

je vais poster ici un truc super long
mais qui pour moi explicite la chose.:) et smile

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#5 26 06 2016 22:36:18

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Les fondateurs du premier mouvement .A. ont très vite découverts une attitude de base très spirituelle:
la sincérité et l'honnêteté avec eux-mêmes .
Ces qualités leurs permit de ne pas se contenter du succès de leurs 1er temps d'abstinence
et de se rendre compte de certaines fragilités: les émotions, les hontes du passé,
la culpabilité, la fierté, l'amour-propre, les colères, ce sont les redoutables complices fomentateurs de nos compulsions.
Aidés autant par des médecins, des psychologues , des notables , personnages charismatiques,
que par certains hommes de religion, ils ont poursuivi le développement de tout un ensemble de propositions
sous forme d'une méthode suggérée et spirituelle comme guide pour leur développement personnel .

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#6 26 06 2016 22:44:55

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

"Reconnaître ce que l'on est , devenir ce que l'on peut..."

L'humilité dans le sens de la simplicité fut une autre grande qualité
des auteurs des programmes de rétablissements anonymes .
Ils ont réussi à bannir tous les entêtements orgueilleux qui bien souvent ne permet pas de reconnaître ses erreurs.
Ou encore cette vanité si fréquente de refuser l'erreur pour tenter de garder raison .
Pour illustrer cette simplicité, je rappellerai ici le propos de Bill W.
révélatrice pour lui de l'attitude à adopter pour changer le cours des événements :
" J'ai senti fondre la montagne de glace intellectuelle accumulée sur mon crâne"
Dans cette attitude de recherche de simplicité, il y a accès à la réalité qui devient vérité sur soi .
L'efficacité ne peut être séparée des réalités concrètes.
Ils ont par là même jeté les bases d'une progression vers l'acceptation de soi en vérité.
Sans cette simplicité comment pourrais-je prendre conscience de mes manques et de mes limites ?
En prendre conscience pour les combler ou les faire reculer.
Sans un partage en confiance avec d'autres,
cette démarche ne peut s'accomplir en raison des tendances naturelles inverses:
Plus nous sommes fragiles , plus nous renforçons artificiellement une image idéalisée de soi .
nous pouvons donc comprendre à quelle vanité, orgueil, fierté, amour-propre, nous nous trouvons réduits
pour maintenir une légitime et indispensable estime de soi.
Dans le processus d'autodestruction engendré par la dépendance en générale ,
l'image de soi se détériore de plus en plus, ce qui a pour conséquence un renforcement
de l'image idéalisée de soi à l'inverse donc de l'acceptation de la réalité.

Le Déni si caractéristique chez les dépendants  est une des raisons de ce processus contradictoire.
eule une relation de confiance peut interrompre le renforcement de cette attitude .
Confiance qui s'est développée d'autant plus facilement que par le partage de leurs errements ils se reconnaissaient mutuellement en l'autre .
L'accès à la simplicité , voir même l'humilité au sens noble du terme,
par le partage d'expérience en confiance et vérité fut une attitude de leur esprit de solidarité
donc bien une démarche spirituelle.

je cite pas les sources - j'en reste là - bienvenue à toi

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#7 26 06 2016 23:15:39

lucky
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

bienvenue Balthazar


(((((((( Big Hug ))))))))

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#8 27 06 2016 08:04:55

Balthazar
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Merci de l'accueil smile

Oui Sassandra, tu es très intelligente, et tu as percé mes travers d'autant plus facilement que tu les partages.
Aussi, parce que, (et peut-être y-t-il derrière ce que je vais dire, encore une sorte de volonté de contrôle) mais sincèrement, tel était un peu mon but que d'apparaître comme je suis.
C'est une constante de ma personnalité, que de toujours me livrer au maximum, et à la limite, j'aurai même parfois tendance à exhiber mes défauts!
Bon, je suis tout à fait capable de faire un témoignage style premier de la classe NA : où il faut essayer d'avoir l'air humble, de surtout pas évoquer les sujets 'border-Line' (religion, autres fraternités) rester très simple pour le nouveau, masquer son niveau culturel lorsqu'on en a un, ne pas donner de conseil, jamais dire : "il faut", ni "vous" etc. Et par dessus tout, éviter toute philosophie autour du programme, et se focaliser sur le comment çà marche, et pas sur le pourquoi, encore moins sur des propositions pour perfectionner le prog'. Un super partage 'se doit' aussi (je le dis avec un zeste de malice qui ne vous aura pas échappé) de comporter des notes humoristiques, et j'ai passablement tenté d'en mettre une (!) pour qu'on voit bien que je suis maintenant un ancien, un 'dos argenté' respectable!
Mais, c'est ma façon à moi de pratiquer l'humilité que d'être moi-même, et c'est cette liberté que je viens chercher ici, plus que pour faire 'l'évangélisation' (lol) ou la : "transmission du message au dépendant qui souffre encore" comme il convient de dire.
Cela dit, il me semble important que chacun puisse partager avec ses mots, (même si là, je suis carrément tombé dans l'ampoulé hélas, j'avais une insomnie, et c'était tout de même mon mieux à ce moment là) qu'ils soient ceux de la banlieue, de la campagne, des beaux quartiers, ou d'autres mélanges. Idéalement, personne ne devrait être gêné par ses origines sociales qui devraient être perçu comme une variété de langues, ou des origines ethniques, c'est à dire, comme un élément de l'identité, donc secondaire au regard de ce qui nous rassemble. La psychologie n'est qu'un arrière plan chez nous. Autant, de nouveaux seront embêté par mon phrasé, autant, il y en a qui s'y reconnaîtrons, et la diversité est une des richesses de nos salles.
Accessoirement, ce que je disais pour l'ambition, c'est du vécu. Je peux te garantir (même si certains prétendront que ça cadre pas avec le Basic ce que je vais t'annoncer là) qu'il existe type qui se maintiennent clean, avec seulement un minimum syndical. J'ai connu plusieurs personnes, dont un en particulier, qui a très vite lâché les réunions, n'a jamais fait ni étape, ni eu de parrain, ni téléphoné, ni même lu le juste pour aujourd'hui ou prié, ou seulement conçu une puissance supérieure, et qui est clean au moment où nous parlons, depuis près de 15 ans. Il s'est lancé dans le sport, sa famille, son boulot. Mon parrain pensait qu'il avait su capter juste les 2 ou 3 principes ou traditions les plus essentielles. Mais c'est formidable en un sens, cette flexibilité du programme, cette absence de contraintes. Car nul n'est tenu de rendre ce qu'il a reçu s'il n'en a pas envie par exemple ; ou de s'exprimer en réunion, s'il veut se contenter d'écouter, ou de garnir le chapeau, s'il estime ne rien devoir etc.
Par contre, c'est sûr que plus on investit, dans la "banque spirituelle" comme on dit parfois, et plus on se transforme, et plus on reçoit, et plus on a de l'attrait. Ce dernier mot en soi, jouxte le concept d'excellence qui t'a ennuyé dans mon propos, et c'est bien parce qu'il m'agace aussi que je l'ai prononcé, pour susciter des réactions constructives comme la tienne. C'est comme l'histoire des réunions réservées au star du show-business. C'est un peu limite au niveaux des trad', parce que les réunions sont ouvertes à tous, sans distinctions, ni discriminations (à fortiori). Mais d'un autre côté, il y a réunion dès que 2 dépendants commencent à partager, y compris virtuellement d'ailleurs. Et ces gens peuvent donc improviser une réunion chez eux, sans inviter toute la populace, si çà les chante. On peut le voir comme du parrainage à plusieurs. Et d'ailleurs, nous serions bien avisé de garder certaines choses pour ces moments en tête à tête, et ne pas trop nous mettre à nu en réu', et à plus forte raison sur un forum...
J'ai un peu dévié, puisque c'était une autre forme d'élitisme qu'il y avait derrière ce mot. Mais je revendique aussi, et en vérité, point n'est besoin de le faire, c'est enfoncer une porte ouverte que de constater que le rétablissement est plus est un fait social que juridique, et que chacun à le choix de s'investir à fond dans le truc, moyennement, ou de façon limitée. Mais effectivement, sauf à ce que certains soient plus productifs que d'autres, ce que je suis prêt à croire, mais en général, les résultats sont proportionnels.

Il y a autant de manière de faire marcher le programme que de dépendant, la seule manière qui ne fonctionne pas, c'est lorsqu'on ne le fait pas marcher. Et, il n'est jamais trop tard pour prendre un virage, est opter pour un rétablissement plus ample.

Moi, par exemple, comme tu l'as ressenti, j'ai une petite difficulté avec la compulsion sur les films adultes en ce moment. Voilà, après avoir fait de très nombreuses expériences d'arrêt total, puis être revenu à des supports soft, puis de nouveaux arrêts, là je me suis un peu laissé aller. Et encore, pas vraiment en fait. J'ai toujours fait ce qu'il me paraissait devoir faire en conscience. C'est que j'avais des douleurs, ou des manifestations un peu embarrassantes parfois, et qu'en ce domaine, le plus difficile de tous, comme chacun s'accorde à dire, j'évolue en terra incognita. Et j'aime bien çà, l'exploration!! Alors, comme pour l'alimentation, je suis parfois obligé de me nourrir un peu, de 'contrôler' en quelque sorte le produit.
Et c'est pourquoi, j'ai eu besoin de réfléchir, par rapport aux produits modifiants le comportement, où là, c'est plus facile. Notons en passant qu'il existe un risque, de croire, après, qu'on pourrait maîtriser la consommation de la drogue de choix, et qu'il est évidemment à proscrire tout à fait.

Alors, j'en suis que, que je me 'tâte', si vous me passez l'expression, quant à la dépendance sexuelle onirique. En fait, j'ai un peu l'impression en cette matière, d'être dans la situation de pêcher du gros (toute rapport avec la réalité serait purement fortuite!) et qu'il s'agit de faire chaque jour de son mieux, d'expérimenter, de tester la PS, et de développer l'honnêteté personnel par dessus tout. Au final, c'est pas sans rechutes qu'on avance sur cette route, ni d'un coup d'un seul. Il me faut parfois lâcher du lest, ou donner du 'mou' quand j'atteins mes limites physiques, et alors, dans ces pseudo-rechutes, essayer de se ressaisir le plus vite possible, pour ne pas perdre les acquis. Je dis 'pseudo' mais je crois même pas qu'il s'agisse de cela, puisque çà participe plus du rétablissement que de la rechute. Je l'assimilerait davantage à de la prévention contre les incendies, ou au déclenchement d'avalanche.
C'est que, j'aime beaucoup la citation de Voltaire : "qui veut faire l'ange, fait la bête". Et, je ne suis pas en train d'avouer là des penchants tordus, qu'on ne me fasse pas dire plus que je ne dit ou pense, mais justement, pour ne pas 'risquer' simplement, que ma soif d'abstinence prenne un tour malsain, je préfère, par avance, bien en amont, dès le moindre signe, me vider!
C'est encore ici, ma façon très personnelle de pratiquer l'humilité, que cette crudité là.
Jamais au grand jamais, je ne voudrait, comme tout un tas de soi-disant (et se disant soi-même) 'sages', mettre un seul pied sur des pentes dangereuses, pour, au final, pourquoi d'ailleurs? par vanité: pour pouvoir me dire: ouah, je suis hachement balèze, je suis le recordman du clean, le plus pure de tous, j'ai gagné la compétition, je suis en tête là, faut que çà dure...

Je fais chaque mon mieux, et franchement, quand je sens, à l'issu d'un examen personnel, que ceci je peux le faire, je le fais parfois, et s'il me semble que la volonté de ma puissance supérieure est que je le fasse, je le fait. A la vérité, souvent j'ai à 'éviter' (on n'est pas loin de 'se retenir') d'agir lorsque précisément ma volonté me portait à le faire, et à me forcer, lorsque je m'en serait bien passé... Mais pas systématiquement non plus. Un peu comme dans le sport, dès que je me sens entrer dans une spirale où il m'en faut toujours plus, je mets le holà, et dès que je me ramollie, je me reprend. C'est comme s'il n'y avait que frein et accélérateur en ce domaine.

<<<<<Big Hug>>>>>

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#9 27 06 2016 09:17:58

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

Merci de l'accueil smile

Je peux te garantir (même si certains prétendront que ça cadre pas avec le Basic ce que je vais t'annoncer là)
qu'il existe type qui se maintiennent clean,
avec seulement un minimum syndical.
J'ai connu plusieurs personnes, dont un en particulier, qui a très vite lâché les réunions,
n'a jamais fait ni étape, ni eu de parrain, ni téléphoné, ni même lu le juste pour aujourd'hui ou prié, ou seulement conçu une puissance supérieure,
et qui est clean au moment où nous parlons, depuis près de 15 ans.
Il s'est lancé dans le sport, sa famille, son boulot.

Bonjour Balthazar, je truv ça sympa d'avoir une trame sur laquelle poser des réflexions
( l'écriture en tant qu'outil)..

Je vis actuellement dans un ensemble ( grande ferme)
avec des amis de toujours
qui en ont fini avec les produits modifiants le comportement

J suis passée par la case groupes de paroles anonymes
eux pas du tout

Ceci sur une sobriété de plus de dix ans .(les concernant)

Je vois dans ces personnes souvent des éléments de fonctionnements se rapportant au programme
des qualités que j'aimerais acquérir :
mon compagnon chante en travaillant ou
répète à qui veut l'entendre que, après son hémorragie cérébrale et ses nombreux comas
lui ayabt fait frôlé la mort,
il ne veut pas se faire suer avec des "c..."
Cela se traduit
par un lâcher prise, une gentillesse etune joie de vivre
ainsi qu'une simplicité naturelle
qui sont pour moi d'une grande aide
en tant qu'exemple vécu du programme.

Il m'est arrivé également de côtoyer des gens non dépendants
qui fonctionnaient naturellement
comme si ils avaient lus compris et ingéré les 12 étapes
C'était inné s chez eux.

Au passage c'était un véritable bonheur
et une bonne étoile pour moi
d'avoir pu les rencontrer

Perso - j'ai besoin du programme
quand je laisse tomber , je dysfonctionne

Et puis je considère toujoours que les 12
sont une vraie aventure personnelle

je te souhaite une bonne journée et te remercie beaucoup pour tes posts
matière à reflexion

Dernière modification par sassandra (27 06 2016 09:27:58)

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#10 27 06 2016 09:55:16

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Nous obéissions aux Étapes et aux Traditions 
parce que nous voulons vraiment les adopter pour nous-mêmes.
Ce n’est plus une question de bien ou de mal ;
nous nous y conformons parce que nous le voulons sincèrement.
Tel est notre processus de croissance dans l’unité et dans le fonctionnement.(référence non citée)

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#11 27 06 2016 20:35:26

Balthazar
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

J'entends bien, mais ce que je voulais faire passer, c'est surtout que le travail du programme apporte un mieux être extrêmement profond, et une très grand sécurité par rapport à la rechute.

Et que, s'il est bien que le programme puisse fonctionner avec seulement un minimum, pour marcher de façon optimal, il faut bosser plus que çà.

Car le type que je connais qui se maintient clean, c'est - à mon sens - dommage pour lui qu'il n'ait pas accroché davantage, parce que j'oubliais de dire que sa vie ressemble énormément à celle qu'il avait dans la conso'. A ceci près qu'il a plus besoin d'arrêts maladie, qu'il a plus les grandes difficultés financières qu'il connaissait, qu'il a sauvé son couple, et n'est plus en rupture avec ses gosses etc.
Il se maintient à flot, mais tout juste. Il a pas pu payer une seule année d'étude à ses gamins par exemple, mais il est quand même parti en voyage avec sa femme pour des conneries de marathon que je crois pas qu'il ait fini. Ce genre de choses.
Au quotidien, j'ose même pas te faire un tableau de la qualité des rapports avec bobonne... Il lui parle mal, il la rabaisse constamment, il est aigri, et elle soumise.
Vivre sans produit, et continuer de dysfonctionner de partout, c'est un peu triste.

J'essaie de faire précisément l'inverse de çà, et je suis heureux, même si j'ai eu des opportunités qu'il n'a pas eu, ne serait-ce que du fait de mon âge, ou de mon milieu. Donc je compare pas dans le domaine humain, où l'exercice est périlleux. Mais, l'ironie, c'est que ceux qui auraient le plus besoin de s'investir corps et âmes dans le programme, et qui s'il le faisait, pourrait vaincre les déterminismes (qui existent malheureusement, et je peux même te dire qu'il y a des statistiques, et qu'en général, les NA sont plutôt un peu plus instruit que la moyenne, plus artistes, etc.) et bien c'est souvent l'inverse que l'on constate. Ceux qui ont déjà plus de chance, se sentent pousser des ailes, et son prêts à mettre le paquet pour aller très loin, et ceux qui en ont moins, vont trop souvent se tenir juste la tête hors de l'eau.
En même temps, je ne veux pas leur retirer leurs mérites à tous, car on voit aussi beaucoup de gens des milieux intello qui reste québlo dans leurs acquis culturels, qu'ils veulent faire valoir dans le prog, et çà leur cause souvent plus de tort qu'autre chose, notamment au niveau de la puissance supérieur, des conceptions très athées et rigides en freinent plus d'un. Et il faut aussi du courage pour y aller à fond, quand on pourrait se reposer sur ses arrières, de même qu'il est particulièrement con, pour le plus mal loti, d'avoir un véhicule à-même de l'emmener au-dessus de tous les autres, et de pas monter dedans, et prendre la bicyclette. Mais peut-être que certains ont été tellement battus par les flots de la vie, qu'il leur est difficile de croire que, pour eux aussi, tout est possible, et que leur travail est leur plus grande limite, alors qu'ils sont habitué à n'avoir pas cette emprise sur leur existence, à laquelle sont plus coutumiers les personnes favorisées, et plutôt de droite. (Oups, encore un gros mot!)

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#12 27 06 2016 22:50:03

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

La rue laisse des traces
je me préoccupe peu de qui fait quoi et comment
sutout dans les groupes 12 étapes

Aider quelqu'un dans sa recherche de sobriété
lui parler du programme de la littérature et des outils
C'est comme si tu amenais un beau gâteau
dans lequel personne -souvent -  ne veut piocher ...

C'est pas de mon ressort,
je propose, si tu dispose pas , c'est tant pis.
Cela m'a appris au moins le concept de fonctionner sans focaliser sur le résultat.

J'a eu de la chance : dès que j'ai entandu parler des 12
j'ai su que au moins c'était pour moi
c'était une évidence

Ce qui m'interesse en fait c'est moi
par la douzième , je rends ce qui m'a été donné et j'y éprouve du  plaisir sinon je ne le ferai pas.
Ma valeur de base étant la liberté d'une part
l'autre valeur étant ce celle de ne pas stagner :

Penser , réfléchir agir au lieu de réagir
en tout cas je tends vers ça : ça m'intéresse..

Le programme c'est facile quand tout va bien,
mais c'est comme les amis, tu testes tes acquis aux ruptures de la maladie, de la mort,
de la déchéance sociale et de la sécheresse spirituelle (recul ou stagnation) - c'est mon expérience.

Bonne soirée

Dernière modification par sassandra (27 06 2016 22:51:21)

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#13 28 06 2016 03:19:20

Balthazar
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

On parle souvent d'un genre d'égoïsme spirituel à NA, qui a un sens positif.
Les dépendants, et c'est quelque chose que l'on retrouve dans les milieux SDF,
ont tendance à entretenir des liens de parasitages réciproques, et notamment dans leurs relations affectives où chacun vampirise l'autre, mais encore financièrement, ou la mise en commun des galères fait que chacun aide son prochain à charge de revanche, en sorte qu'on ne sait plus qui est responsable de quoi.
Un moment, pour y arriver, il faut sortir de ces indivisions, et passer en mode 'capitaliste' j'allais dire, ou plutôt, s'individualiser, au sens où : "charité bien ordonnée commence par soi-même".
Il faut aussi de l'humilité pour refuser son aide à quelqu'un parfois, et souvent, cet abandon est ce dont il a lui aussi le plus besoin pour se prendre en main.
C'est pourquoi, je te suis totalement lorsque tu dis que ta priorité est de te rétablir toi.
Mais si ta comparaison entre les hauts et les bas dans le programme (ces derniers permettant d'éprouver la solidité du clean) et le soutien des amis dans les phases difficiles, comportait quelques regrets vis-à-vis des proches qui se montrent infidèles dans la douleur, j'émettrais 2 réserves...
Effectivement, travailler au maximum son programme permet d'être moins à la merci des vicissitudes.
Par contre, certains parfois vont prendre des risques, ou tenter le diable (un peu comme dans l'île de la tentation) et chez nous aussi, cela fait du grabuge, et ne rend pas spécialement plus fort.
Moi-même, il m'est arrivé de céder et d'aller à des soirées avec des anciens de la conso, qui malheureusement, vont souvent, inconsciemment, chercher, de façon subtile, à provoquer la rechute, parce que la réussite de celui qui se rétablit les renvoie à leurs propres responsabilité, et ils préfèreraient être confortés dans l'idée qu'il est impossible d'arrêter, plutôt que le contraire, et devoir faire face à l'hypothèse, pour eux-même, d'entreprendre un parcours semblable.
En outre, il y a de l'orgueil, et du : vas-y que je te donne des leçons, que j'essaye de vous convertir etc. de la part de celui qui s'expose, comme on jouerait à la roulette russe.
Après, la séparation d'avec les relations prend une tonalité particulière lorsqu'il s'agit de la famille... C'est une problématique complexe, dont j'ai peu l'expérience, et que je préfère ne pas aborder ici, car ce serait pas très bon de bâcler cette question.
Pour ce qui est du dégâts sur la santé et l'apparence, il n'est d'autre choix que d'accepter, et d'arrêter de pleurer sur le lait renversé. Après, l'on peut récupérer beaucoup de sa fraicheur passé en se rétablissant, une fois traversée la phase critique de la première année. Une hygiène de vie, un statut social retrouvés, transforment une personne, ne serait-ce qu'au travers du regard qu'elle porte sur-elle, et la confiance en soi, l'estime, influent énormément sur ces données.
Enfin, j'ai dépassé, dans le clean, l'attitude qui me caractérisait autrefois, de quémander dans les relations affectives. Je devais agir comme pour l'obtention du produit, lorsqu'un pote fait son radin, et qu'il met un peu moins dans le pot, et ne fait pas tourner dans le 'bon' sens, c'était pris comme un manque de sympathie. Mais la vie, en dehors des sectes de consommateurs, n'a rien à voir... On n'obtient pas un emploi par pitié, ni une amitié par charité... C'est pourquoi il faut se développer. C'est aussi pour avoir plus de personnes souhaitant s'engager dans des relations, et pouvoir, en quelque sorte : sélectionner...
J'ai encore beaucoup de mal avec cette idée, qui nous ramène à la question de l'excellence, dont j'ai vu qu'elle était un thème typique de la PNL. Je connais pas bien cette sorte de psychologie appliquée, et ne partirait pas non plus en hors-sujet, mais je signal simplement en passant la coïncidence.
C'est en partie pour m'éviter d'avoir avoir un tri entre ceux qui méritent ma compagnie et les autres, que je reste seul. L'autre part, c'est que je ne vois pas tellement qui aurait grâce à mes yeux, vu où je place la barre aujourd'hui. Et puis, je suis beaucoup plus autonome, voir indépendant, et ne ressent pas le besoin impératif d'être entouré, alors que ma curiosité intellectuelle est insatiable, et que je manque de temps pour lire et voir tout ce que je voudrais, aussi pour augmenter mes capacités professionnelles.
L'on pourra me rétorquer que je suis devenu workaholique, mais je ne crois pas qu'il faille parler systématiquement de dépendance dès qu'une personne est à fond dans quelque chose. Je me sens heureux avec çà, et ne crois pas avoir l'impact négatif sur la société qui peut être celui d'un dépendant actif.

Dernière modification par Balthazar (28 06 2016 03:38:50)

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#14 28 06 2016 09:41:34

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

O
Mais si ta comparaison entre les hauts et les bas dans le programme (ces derniers permettant d'éprouver la solidité du clean)
et le soutien des amis dans les phases difficiles, comportait quelques regrets vis-à-vis des proches
qui se montrent infidèles dans la douleur, j'émettrais 2 réserves...

Je me suis mal exprimée alors
- le programe c'est comme les amis : cela se teste sur le temps et au fil des vicissitudes
j'ai peu d'amitiés , mais elles sont solides.
Pas de regrets oar  rapport à un éventuel passif
j'ai fait la paix avec ça depuis un moment
et ça me va très bien.

J'en ai fini avec la dépendance affective et sexuelle
c'est parti avec le temps
"ça m'a été enlevé" et c'est une grande paix.

Dernière modification par sassandra (28 06 2016 09:45:13)

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#15 28 06 2016 10:13:21

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

C'est en partie pour m'éviter d'avoir avoir un tri entre ceux qui méritent ma compagnie et les autres,
que je reste seul. L'autre part, c'est que je ne vois pas tellement qui aurait grâce à mes yeux,
vu où je place la barre aujourd'hui.

smile et smile  -expetative

Dans ce domine je ne fonctionne pas ainsi :
cela se fait - ou ne se fait pas
et quand cela arrive c'est le temps lui même qui définit la relation.

De toute façon , il y a un bail que je ne cherche pas
ni à m'intégrer ni être intégrée.


Je dénie à toute relation
le droit d'être trop envahissante mentalement
et j'arrive à l faire le point avec la famille maintenant
(un peu plus difficilement).

En y réfléchissant je crois que la bipolarité
m'aide bien dans ce sens.

Je vais sur les forums pour travailler  mon programme.

Dernière modification par sassandra (28 06 2016 10:15:57)

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#16 28 06 2016 11:31:03

Balthazar
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Ma foi, tout dépendant ce que l'on entend par dépendance sexuelle/affective...
Dans l'absolue, quand je te réponds frénétiquement ainsi, j'ai déjà un pied là dedans!
Les excès ou anorexies S/A sont communément considérés comme le substrat de toutes les autres addictions.
Et, en retirant la drogue de choix, il n'est pas rare qu'ils ressurgissent.

Après, en être libéré, se sentir apaisé, je ne suis pas sûr de le souhaiter exactement en ces termes...
Je dis parfois que les affects : attirance, répulsion etc. sont une source phénoménale d'énergie. C'est pour moi, presque le cœur du réacteur nucléaire, ou le noyau de notre planète intérieure.
C'est pourquoi, je ne préconise ni l'arrêt total, ni l'emballement débridé, encore moins le fonctionnement moyen ("le coucou régulier, et garantie 10 ans").
Je ne crois pas que je voudrais sortir à 100% du jeu de la séduction, ne plus rien éprouvé pour le sexe opposé, ne plus rien provoquer réciproquement. Ou perdre tout narcissisme et toute coquetterie.
Les hommes préhistoriques sautaient sur tout ce qui les excitait un tant soit peu. Avec la modernité, le principe de réalité nous oblige d'accepter ne pas réaliser tout nos désir. C'est une histoire de propriété au fond. Ai-je besoin de posséder ceci, de le consommer ? Ou puis-je me contenter de le contempler, de l'utiliser provisoirement, d'imaginer l'avoir, ou de me le fabriquer ?
Dans mes premières expériences d'abstinence, je vivais chaque stimulation de l'environnement (visuelle surtout, mais sonore ou olfactive également) comme une monade d'envie qui me pénétrait et remplissait un vide tout en l'accroissant bizarrement. Comme un supplice de Tantale, comme une accumulation, et je refoulait par réflexe, pour retarder le plus possible le moment où il me faudrait me 'purger'.
Bon, je le note en passant, mais sans creuser, les lapsus que j'ai laissé même après correction: "d'avoir avoir", "je reste seul. L'autre part..." Car il est vrai que l'on me fuit autant que je m'échappe moi-même, et ce rejet peut être une façon de revendiquer une sorte de primauté dans la séparation, comme ces couples qui divorcent et se précipitent chacun de clamer auprès de leurs amis propres que c'est eux qui ont eu l'initiative, et surtout que l'autre avait eu tort.
Les pulsions primordiales qui jaillissent et réagissent à l'avalanche des stimuli externes ne me paraissent pas mériter l'anéantissement, dont j'ai l'impression qu'il caractérise l'idéal bouddhique.
J'ai d'ailleurs une sainte horreur des régulateurs d'humeur qui m'abrutissaient, et me mettait dans l'état inverse de l'ivresse : sans plaisir, sans colère, sans variation, indifférent.
De fait, lorsque je cumule du temps de continence, mes sens s'éveillent, et tout devient plus intense. Je redeviens comme l'enfant que la vu d'un innocent baisé bouleverse. Mais au fil des semaines, il y a un effet cocotte-minute... Une solution a donc consisté à libérer régulièrement la pression.
Mais enfin, j'ai trouvé qu'il y avait là quelque chose de malsain. Celui qui se masturbe, et fait se retient longuement avant que d'y arriver, ne fait pas autre chose, finalement...
Et puis, professionnellement, personnellement, ces discontinuités ont ceci de paradoxale, qu'à vouloir éloigner les dimensions sexuelles, elles en viennent à obséder bien plus qu'à l'ordinaire. Et donc, se résoudre à la manip quotidienne paraissait dès lors une hygiène plus efficace, pour focaliser l'attention sur d'autres questions que ces triviales préoccupations.
Mais alors, il y a d'autres dérivent... Quantitatives...
Non, à présent, ce qui motive mon aspiration au détachement de la chair, c'est l'attrait plus grand encore pour les choses de l'esprit. Telle était la révélation que j'avais voulu partager initialement. Garder mes sens grands ouverts aux sollicitations, accepter tranquillement ces émotions qui me traverse, et les laisser me traverser, comme l'ange qui passe. En croyant éviter par le regard, il se produit l'inverse, où la moindre entrevue se transforme en une captation et un emprisonnement du moindre souvenir du carré de peau ou de tissu aperçu. Plutôt que de tout fermer, et que tout fermente, je voudrais apprendre à ouvrir aux 4 vents, et risquer d'être touché, et aimer de perdre ce qui me plait, plutôt que le séquestrer. Plus de légèreté, moins de sacralité.
Je voudrais récolter physiquement et laisser pousser, puis se répandre les grains, mais ne concrétiser ensuite que spirituellement.
C'est à dire qu'au lieu d'entretenir le cycle du manque sexuel que remplissent des actes pareils, et d'autre part d'éprouver le besoin de connaître et de satisfaire cela par le travail intellectuel ; je voudrais que s'épanouisse mon désir sexuel/affectif et d'amour, mais réussir à le combler par les œuvres de l'esprit.
Au fond, c'est presque de la comptabilité : l'entreprise A dispose d'une ressource physique, elle la procure à l'entreprise B, qui l'emploi et lui rend, en retour, un flux financier. (L'on pourrait m'accuser de faire l'apologie de la prostitution! Ce n'est pas ce que je voulais dire...) En comptabilité, chaque entreprise enregistre 2 demi-flux, comme si l'un était la contrepartie directe de l'autre, alors que ce n'est qu'indirectement qu'existe ce rapport de cause à effet. Mais qu'importe, l'idée serait de profiter naturellement du désir qui nait sans que je le veuille, pour réaliser dans l'ordre intellectuel, ce que j'ai décidé : me cultiver, chercher, produire, trouver, aider, donner, du concret, du pratique, de l'universel.
Et j'ai la conviction que dans l'acte sexuel, même amoureux, il y a toujours plus d'égoïsme, d'animalité, d'asservissement, et de consomption de soi et de l'autre, d'usure même, que dans l'art intellectuel.
Or, je veux vivre, et je veux donner plus que prendre, et ne recevoir un peu que pour rendre beaucoup.
Je veux dire, même la fonction reproductrice n'a plus aucun sens par les temps qui courent.
La surpopulation, le clonage, le vent de la guerre qui plane, tout çà n'est pas très propice ni ne rend pérenne la traditionnelle famille machin.

« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »

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#17 28 06 2016 12:44:55

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

.........

Dernière modification par sassandra (28 06 2016 13:01:41)

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#18 28 06 2016 13:16:27

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

Dans l'absolue, quand je te réponds frénétiquement ainsi, j'ai déjà un pied là dedans!
»

Je trouve normal d'exprimer mes idées
je ne connais pas de meilleur outil que l'écriture.
je trouve cet exercice intéressant, amusant et enrichissant : ça m'oblige à une réflexion.


Balthazar a écrit :

Je ne crois pas que je voudrais sortir à 100% du jeu de la séduction, ne plus rien éprouvé pour le sexe opposé, ne plus rien provoquer réciproquement. Ou perdre tout narcissisme et toute coquetterie.
»


La séduction est une constante  de l'humanité comme de l'animalité
j'ai soixante ans bientôt :
tu en as autour de la trentaine je crois
je suis arrivée à un tournant de ma vie
ou soit j'allais me faire tirer la peau et
tout le ravalage de façade
qui serait à recommencer en un clin d'oeil
car plus le temps passe plus ça file.
soit j'acceptais de zapper une certaine forme de tyrannie des apparences.

Un jour j'ai lu :
"l'élégance est une politesse de l'âme"
je le crois
je regarde certaines beautés qu'elles soit féminines ou masculine
avec grand plaisir..

Rencontrer un vieux beau visage
avec ses rides et le regard qui pétille
ça me fait beaucoup de bien.

Je peins
j'aime l'harmonie

Dernière modification par sassandra (28 06 2016 13:21:49)

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#19 28 06 2016 18:19:48

sassandra
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

Balthazar a écrit :

J'ai d'ailleurs une sainte horreur des régulateurs d'humeur qui m'abrutissaient, et me mettait dans l'état inverse de l'ivresse : sans plaisir, sans colère, sans variation, indifférent.


Perso , ces médocs me permettent de me poser et la deuxième génération a des effets secondaires certes,
mais cela a limité l'impact des hauts et des bas
et ma vie s'est améliorée

Jai ressenti l'état inverse de l'ivresse au début de mes prises
ça s'est tassé .

Bien sur je regrette la phase maniaque
mais à la finale le sentiment de toute puissance
c'est une défonce : quand ça retombe
ce que je pouvais accomplir pendant ces périodes là
c'était du grand n'importequoitesque , des prises de riques inconsidérées,
pour toujours retomber dans un trou infini - ceci combiné à l'usage des toxiques
bravo l'enfer et merci d'être vivante

Et, au passage qu'il n'y aie pas un crétin lambda
qui viennent me faire un laïus sur les "substances modifiant le comportement"
ce à quoi je lui répondrai comme il y a cinq six ans
que je défie quiquonque de s'allumer avec mon traitement
ou alors c'est que le tox des années 2017
est encore plus con que celui des années 81 - mais je m'égare
et il me semble que les nouveaux convertis se sont calmés
j'ai pas tout suivi....

Tu serais pas en phase hypomaniaque ?

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#20 28 06 2016 19:41:40

Balthazar
Membre

Re : Bilan de 10 ans clean

On fait pas de prescriptions médicales ici, moi j'en ai pris quand c'était absolument nécessaire, mais j'ai toujours eu en tête de ne pas m'installer dans la médication à vie. Et parmi mes plus belles réussites, il y a celle d'avoir pu, en concertation avec mes psychiatres, diminuer et m'en passer complètement. C'est aussi, un peu, le critère à partir duquel tu peux te considérer comme 'guéri' (avec l'absence prolongée d'hospitalisations, une relative stabilité des activités professionnelles/étudiantes, un sentiment général de 'normalité' dans le quotidien etc.)
Mais en fait, les thymorégulateurs, ils me les ont juste fait essayer, et c'est sûr qu'ils sont assez bien tolérés en général. J'étais pas maniaco-dépressif, ni bipolaire, j'avais fait une bouffée délirante comme beaucoup d'adolescents qui consomment. J'avais eu du Risperdal, puis la version plus évolué : Zyprexa. Je crache pas sur ces molécules, car je ne serais pas revenu sur Terre sans elles, et les progrès de la sciences sont considérables, ne serais-ce que de l'avant dernier à celui d'après.
De même, pour la chirurgie esthétique, je dis que c'est une très bonne choses de pouvoir améliorer l'apparence des personnes. S'il fallait vivre au naturel, on aurait tous des rastas, des poils partout, on se laverait pas et on vivrait tout nu! L'homme est artificielle, il a reçu le pouvoir, et il ne peut pas plus rester sans en user que l'oiseau sans voler. Par contre, je crois que la base est d'avoir la meilleure hygiène de vie possible, et de faire tout ce qui est à notre portée pour préserver la situation par l'effort. Et que les médecins ne doivent venir qu'en appoint. C'est le point commun entre la santé mentale des profondeurs, et la santé corporelle superficielle. Et la logique est la même dans le programme. Compter d'abord sur le travail personnel, après,  s'il y a des opportunités, des coups de pouce du destin, tant mieux, mais je compterai pas dessus.
Parce qu'il est tentant, lorsqu'on sait qu'existe des solutions de facilité, de se laisser aller, en comptant dessus. Ça peut être de prendre en graisse, en se disant que la liposuccion règlera le problème, ou même, les formes d'assistanat, ou le confort thérapeutique. Même le programme, peut être détourné, une fois qu'on a vu que çà marchait, l'on peut avoir l'illusion qu'en se laissant rechuter, et croyant avoir le plan du labyrinthe, escompter en sortir rapidement...
Sauf qu'en pratique (c'est comme aussi l'avortement pris comme un pis-allé de la contraception) c'est tellement traumatisant, que rares sont les cas avérés, et la tendance est à leur diminution. De même pour la rechute 'programmée' on ne sait jamais quand, ni si on réalignera du clean une fois qu'on remet le compteur à zéro. Et, dans le même ordre d'idée, je ne crois pas effectivement que la médication de longue durée soit une forme de substitution, pour la simple raison qu'il n'y a pas d'effet réellement, comme il pourrait y en avoir, même avec des somnifères. (D'un point de vu chimique, il y a des classes précises, et les drogues dont nous parlons, s'ils elles en portent le nom, ne sont pas apparentées aux produits qui causent des addictions.)
Et puis, c'est un choix (ou pas d'ailleurs) qu'il appartient à chacun d'opérer, et que je me garderais de juger, parce que cela dépend des données d'une équation personnelle qui échappent à ma connaissance. Mais, je relève tout de même, qu'il existe des cas où, la médication longue durée, est une situation sous-optimale. Pas mauvaise, mais pas idéale, et qui pourrait être méliorée, même si cela comporte un risque, et appelle d'énormes efforts. Par l'alimentation, le sport, la prière, les médecines douces, et bien sûr, last but not least : le programme au taquet, on peut toujours progresser, et dans beaucoup d'hypothèses, alléger avec son médecin la posologie.
(Même si, et c'est un peu là son point faible, je ne suis pas sans savoir que les sels de lithium ont une fenêtre d'action rigide, et qu'il est pas vraiment possible de diminuer progressivement les doses, du fait de ce pallier. De mémoire, les ordres de grandeurs étaient entre 200 et 250 ou 300. Au-delà ou en deçà, ils ne marchent plus, et avec une temporalité tout aussi délicate, associée à des prises de sang...)

Je vais très bien aujourd'hui. Merci.

Dernière modification par Balthazar (28 06 2016 19:55:30)

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