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#1 17 07 2016 21:30:36

naïs
Membre

Passé douloureux et libération un jour à la fois

L’inceste, comment le raconter juste avec des mots, des phrases et des lettres composé d’un alphabet ridicule de 26 lettres, alors qu’il y a environ cent mille milliards de cellules dans mon corps.
Autant de fois pour ressentir la violence, et combien de fois encore, mon père et le démon qui l’habitait ont traversé mon petit corps de fillette ?
J’ai trois et demi, et ma vie s’achève.
Une toute petite vie sur des nuits de morts ou dans l’obscurité il se lève même pas en secret, sa femme, ma mère donc, doit certainement se retourner afin de mieux pouvoir s’endormir pendant que lui, marche dans le couloir.
Je n’ai pas réussi à rester éveillée, c’est de ma faute, le monstre m’a cueillie, il m’a dévorée et engloutie dans un désespoir, je n’ai plus d’âge.
Je suis une menace, par ma faute, je déclenche mon propre anéantissement, il faut bien qu’il y ait un coupable, et ma mère me l’a fait comprendre.
Je l’ai perdue, le matin même de la première fois, elle ne m’aime plus.
Combien de malheur, de misère, c’est bientôt Noël, et ma mère fait semblant d'être dans une famille normale, je les surprends dans la cuisine, lui, mon père refuse de se déguiser en Père Noël.
Vite partir, je n’aurais pas dû être là.
Mais bientôt il est partout puisqu’il est le Père Noël, il n’y a aucun endroit sur terre ou je puisse me poser puisque je le sais, il arrive par les airs, et il a des pouvoirs extraordinaires, c’est le Père Noël et c’est mon père.
La folie est une pure terreur, ma mère m’avait dit : « ne fait pas d’histoires, mange ! ». Mais, je ne l’entends plus, d’ailleurs, je n’entends plus ce monde, je suis partie.
Si j’ai survécu, c’est que devant une poupée en chiffon, ma mère prit peur, et m’emmena chez ma grand-mère maternelle. Dans  la même année, mes parents déménagèrent, et je revins habiter avec eux, je crois que plus jamais mon père abusa de moi.
Il se suicida quelques années plus tard, et ma mère continua à me délaisser, et à se servir de moi émotionnellement, et m’entraîna dans les drogues dures.
Il serait trop long d’écrire tous les chapitres de ma vie, alors je dirais pour être brève que  je me réveille 48 ans après, 48 ans de plus ou moins d’errances opiacées, entre deux vies, une que j’essayais de gérer, et une autre inaccessible qui m’a fait échouer finalement en psychiatrie.
Le propre de l’amnésie, c’est de s’ignorer, et je m’ignorais pour protéger toute ma famille ou se pratiquait de génération en génération les abus sexuels.
Il m’est revenu la mémoire comme un fléau, un tsunami de grande ampleur qui s’est déversé sur moi, je voulais mourir ou faire mourir. Mais, il était trop tard, les responsables étaient tous déjà morts, j’avais bien préservé le secret hideux.
Que des vies brisées et anéanties et enfin ou malheureusement, je les regardais tous en face avec horreur, je construisais des assemblages démoniaques, un puzzle avec ses coupables et ses victimes qui s’assemblaient et qui n’en finissaient plus.
Démêler le vrai du faux, ne pas devenir folle, résister.
Des vagues géantes m’engloutissaient en même temps que tous espoirs, je suffoquais, je me noyais et une toute petite lumière d’amour au fond du gouffre, ma fille.
Pour elle, rien que pour elle car je lui avais donné le meilleur de moi-même malgré tout.
Elle allait bien, elle était grande et je désirais qu’elle continue à vivre sans un drame pour ralentir son chemin.
Qu’il a été long le calvaire avant de pouvoir faire face à cette petite fille en moi, muette et brisée.
Maintenant, je suis sa maman,  elle m’a fait confiance, elle m’a parlé, m’a raconté ses terribles secrets, et j’ai découvert qu’elle n’était pas que souffrance, qu’elle avait tant d’amour à donner.
Je la remercie avec un amour inconditionnel, nous sommes deux.
Il n’a pas réussi à me briser les ailes, je suis bien debout et combattante.

Dernière modification par naïs (17 07 2016 22:06:21)

Hors ligne

#2 18 07 2016 00:10:43

Balthazar
Membre

Re : Passé douloureux et libération un jour à la fois

Le forum était un peu mort ces derniers jours,
tu viens de le réveiller, si je puis dire!
Pour le dépendant que je suis, ce genre de partage,
c'est de l'or, et travaillé en plus...
L'identification est double,
par delà les domaines où s'est manifesté la maladie.
La sagesse, en effet, me fait reconnaître en moi, ces drames que tu décris :
comme des virtualités.
L'on dit souvent : "je ne suis pas allé jusque là" (prison, hôpital, morgue etc.)
mais j'aurais tout aussi bien pu.
La palette des possibles est très étendue chez nous,
et l'on sait combien le contexte pèse sur nos attitudes.
Et non seulement, mais je pourrais parler au futur...
Ce sont là des extrêmes jusqu'où,
la rechute serait susceptible de m'amener...
Ou pas. Puisqu'il en est tant d'autres qui gisent en puissance...
Ce qui est sûr, c'est qu'une fois monté dans le véhicule de la consommation,
c'est autre chose qui conduit.
Une force que je maîtrise pas,
même si, avant que de m'y embarquer,
j'avais pu me convaincre du contraire et m'illusionner.

Après, je crois que grâce à NA, le passé,
de dépotoir qu'il était,
devient pareil à une mine.
Il faudra des année de pratique,
mais chaque jour,
je peux extraire un peu de cette ressource qu'est mon vécu.
Le plus odieux est ainsi transformé en merveille,
et les derniers rattrapent vite les premiers.
Et par extension, ou par procuration,
j'ai même accès aux enfer/paradis de mon prochain.

Pour ce qui est de ta porte de sortie,
je rappelle ce qu'on a déjà dû te dire :
Qu'on se rétablit d'abord pour nous-même.
Certes, dans les moment d'hyper-pression,
devant le choix de suicider ou non par exemple,
en général, l'on songe à la famille,
et alors, on reste sur Terre pour autrui,
en refusant une fuite à laquelle il aurait été 'égoïste' de céder ;
Et on supporte encore un peu de cette chape qui nous écrase,
dans la perspective de revoir le jour,
où nous serons tous heureux,
si tant est que nous l'ayons jamais été,
et pourvu qu'on ait semé en nous cette graine d'espoir :
qu'est notamment le message au dépendant qui souffre encore,
et qui conjure le sort et la fatalité,
en brisant le cycle vicieux.

Donc, une enfant,
je peux concevoir que çà puisse être une motivation,
lors des tournants majeurs de nos existences,
mais ça ne saurait être un moteur durable pour notre croissance.
Et quand on y pense,
ce serait même, en quelque sorte :
les charger d'une immense responsabilité...
Maman se rétablit pour moi,
mais si elle n'y parvenait pas,
alors ce sera de ma faute?

J'ai bien aimé la liste des petits plaisirs,
qui ont été posté la semaine dernière :
il y a infinité de raison de continuer sur ce chemin,
dont certaines ont une valeur particulière.

"... Et les champs refleurirent encore"

Dernière modification par Balthazar (18 07 2016 00:27:37)

Hors ligne

#3 18 07 2016 09:51:51

tiger
---

Re : Passé douloureux et libération un jour à la fois

Merci naïs,
Pour ton partage honnête et approfondi de toi-même, de ton analyse, ton acceptation.

Oui le travail des étapes dans NA, le partage, et le temps peuvent pratiquement tout réparer
et de créer une nouvelle vie, différente (ta fllle) c'est la preuve d'Amour ultime et peut être le début de la Réparation...

Longue Vie!

Hug

#4 18 07 2016 11:25:23

naïs
Membre

Re : Passé douloureux et libération un jour à la fois

Merci pour vos messages, je tiens juste à dire que ma fille majeure ne vivait plus avec moi lorsque je suis sortie de ce qu'on appelle: une amnésie traumatique. Et que je n'ai jamais fait porter à ma fille une quelconque pression, je ne me suis confiée à elle que pour lui révéler le secret familial car je préférais le révéler enfin au grand jour pour qu'il ne répète pas de quelle que manière que se soit dans les prochaines générations. Et c'est tout, pour le reste, elle a mené sa vie de son côté car il était important pour moi qu'elle profite de sa jeunesse sans entrave, et je ne voulais en aucun cas lui donner du soucis. Donc, j'ai fait semblant d'aller bien...Elle ne saura jamais ce que j'ai traversé, et c'est bien ainsi. Les enfants ne sont pas là pour éponger nos souffrances. D'ailleurs, j'ai toujours fait très attention à la sensibilité des personnes de mon entourage, et si il m'est arrivé de craquer devant eux, ce fut que très rarement. Pour ensuite m'empresser de les rassurer.
C'est la première fois que j'écris ainsi mon histoire et je le fais d'une manière anonyme sur ce cite et donc bien que je vous connaisse pas, vous êtes à part ma psychologue, les premières personnes à qui je la raconte tel quelle fut.
Revenir à la vie  en toute conscience est une expérience extrêmement enrichissante car je découvre que l'amour est dans l'œuvre de la création et que chaque jour si j'y prête attention, je peux voir le miracle s'opérer dans l'infinie beauté de la terre, de tous ces gens bienveillants qui existent, dans le visage d'un enfant. Il me suffit juste de m'ouvrir à ce canal d'amour. L'énergie de vie m'a été enlevée mais elle revient avec plus de force encore, et le fait d'appartenir à N.A., de rester clean un jour à la fois m'a fait découvrir le monde sur un autre jour.
Merci pour la longue vie, et je continue à m'entraîner à être une bonne personne.
Big huf et bonne 24 heures

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