Forum de discussion Narcotiques Anonymes

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#1 21 02 2009 23:30:27

corto
Membre

BOUQUIN.

L’ANCRE PERDUE.

La lune sombra dans les flots. Et tout s’évanouit, la perspective marine, les mâtures des boutres voisins, la merveilleuse cité spectrale.
-Quel malheur ! A peine découverte, déjà disparue, s’écria Philippe.
-Oui c’était bien, dit Igricheff.

Mordhom vint a lui et, avec un inconscient orgueil, comme si la ville eût été sienne :
-Vous n’avez rien vu, dit-il. Ces remparts massifs, ces maisons magnifiques ne sont qu’un trompe- l’œil.

Tout est rongé, taraudé, tout s’en va en poussière. On expédiait d’ici autrefois, le meilleur café du monde. Aujourd’hui, c’est de Hodeidah qu’il part. Et Moka a été abandonnée a son destin qui est de périr. Pas une muraille sans crevasse, sans brèche. Pas un plafond qui ne soit effondré. Quand vous marchez de jour dans les rues, malgré la plèbe qui s’y presse encore, vous foulez déjà de grandes ruines. Les moucharabiehs sont aveugles, les fontaines muettes. Le bétail couche dans les cours des riches harems. Et les charognards passent à travers les toits crevés.
C’est splendide !

Philipe, alors ne put s’empêcher de remarquer :
-Vous avez le goût des choses mortes.
-Elles sont peut être les seules à nous donner le sentiment que nous vivons, dit Mordhom, ne croyez- vous pas, Igricheff ?
-Est-ce que je sais mon chère ? Vous êtes là, sans cesse, avec des questions………….des questions à vous-même surtout……….

Moi, non j’attends……..
- Quoi ?
-Tout.
-Et cela vient ?
- Toujours.

Cette fois encore, Mordhom s’appuya fortement contre son bateau, comme pour recevoir une leçon, une règle qui lui échappaient.
Mais l’Ibn-el- Rihèh était immobile maintenant, inanimé et tout couvert de ténèbres.


Fortune Carrée.
Joseph Kessel.




J'adore ce genre de bouquin, j'ai l'impression d'etre dans une autre vie,un moment qui ne m'appartient pas.
De plus il y a un sens a chaque réplique,la réflextion vient toute seule.
c'est un plaisir.

Bonne lecture, aux bouquinneurs.

Corto


« La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine »

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#2 21 02 2009 23:37:02

Doisneau
Membre

Re : BOUQUIN.

.


Vivons heureux, maintenant, car demain il sera trop tard !!!!

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#3 23 02 2009 22:41:15

adèle
---

Re : BOUQUIN.

merci pour ce topic Corto, un topic pour les amoureux des livres smile

"Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère"

Erri de Luca / Trois chevaux

#4 24 02 2009 11:31:45

corto
Membre

Re : BOUQUIN.

YES les livres dans la rue.
J'aime bien cette conception, bonne journée a toi.


« La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine »

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#5 24 02 2009 17:48:23

confiance
Membre

Re : BOUQUIN.

Quelle belle surprise de découvrir ce topic smile

Les livres et moi, c'est une belle histoire d'amour qui dure depuis des années. Les moments sans livre ont été ceux où je consommais. Je pensais, en début de clean, que je ne retrouverais jamais l'envie de lire. J'ai entendu dire que "lentement, ça se faisait" et depuis peu le désir revient. La lecture de la fraternité m'y a beaucoup aidée.
Je viens de racheter un amour de jeunesse que je voudrais relire, avec le recul du temps:
Daniel Keyes, "des fleurs pour Algernon"

Nostalgie, nostalgie avant le retour du printemps

Confiance

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#6 24 02 2009 17:59:53

zebulon66
Membre

Re : BOUQUIN.

le livre dans la rue ca existe!!! il y a un collectif, ou plutôt une dynamique de ce genre, souvent je retrouve sur des bancs des bouquins, avec une petite note dessus disant qu'une fois terminé il serait bien de le remettre sur un banc, c'est génial mais dans une autre région, avec le temps de merde que nous avons par ici les livres n'ont pas la vie facile!!!


peu importe...si c'est intense!!!

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#7 13 05 2009 15:37:40

confiance
Membre

Re : BOUQUIN.

En ce moment, je commence un épais livre et je suis assez séduite.
Clarissa Pinkola Estés: Femmes qui courent avec les loups.
En sous-titre, vous avez: Histoires et mythes de l'archétype de la femme sauvage.

Oui, je sais, j'écris mon étape en même temps wink

Bizzz

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#8 14 05 2009 15:36:39

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

Sur le site de Telerama, dans la rubrique livres, il y a pas mal d'extraits lus par des artistes et c'est podcastable :

http://www.telerama.fr/podcast/

http://www.telerama.fr/tag/lecture/

et sur le site de France Culture tous les soirs à partir de 20H50 après le feuilleton radiophonique, un extrait de livre différent lu chaque jours pendant une dizaine de minutes :

http://sites.radiofrance.fr/chaines/fra … sion_id=15

Dernière modification par thalassa (14 05 2009 15:49:53)


La voix est libre !!!

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#9 23 08 2009 22:34:23

corto
Membre

Re : BOUQUIN.

RICHARD
BOHRINGER


L'ultime conviction du désir.






L’amour possible. L’amour impossible.
Garder la foi. Putain. Le chagrin qu’il faut.
Chagrin qui rit. Chagrin qui pleure.
Juste Le sourire. Jamais le rire. Je garde tous les mots.
Pour exprimer le secret. Mais il n’y a pas de mots pour exprimer le secret. Le secret est plus vrai que la vérité.

Je regarde la lune. Elle est ma sœur de mélancolie. La lumière de la nuit. Luisante charnelle. Lumière divine ou l’on devine.
Les corps gardent leur secret lubrique. Je t’aime. Lune au fond de la mer de chine. Mon astre de savoir. Protège- moi.
J’aime trop la vie. Je viens du soleil. J’ai brûlé. J’ai incanté. J’ai hurlé. Incandescent. Caresse-moi.

De mon rivage sombre, j’observe le monde. Je l’aime désespérément. Écrire putain. Écrire tous les jours, chaque seconde, en marchant, en oubliant le début, à se perdre dans les mots passés et ceux à venir, plus flamboyants. Peut être.

Courir derrière la voiture comme un esclave. Supplier les dieux. De trouver ces putains de mots. La guerre des nerfs. Chacun comme il peut. 

Le grand singe aime bien cette histoire. Il la voit encore cette femme blanche. Lui seul a vu la meurtrière dans son œil. Il savait que pour elle il n’était qu’une visite guidée. Un exotisme fracassé.
Il avait vu aussi les pillards blancs, noirs.
Les pillards de l’Afrique et de son art. Les camions du Ghana pleins ras la gueule de bois sculpté. Le cynisme, proxénète, des marchands d’art africain. Violeurs de terre. Cynisme cultivé. Les tocards, les tordus, marchands d’humains. Soudards. Sans amour. Sans respect. Aucun état d’âme. Ils vivront plus tard dans les beaux quartiers. Ils auront l’air d’aventuriers.

Maudits tocards. L’aventure est amour.
Elle balafre le cœur. Elle rapproche de l’autre. Nu. Juste avec la gloire d être la.

Manuel de la mélancolie. Comment vivre avec la mélancolie. Partir, revenir. Limite d’âge. C’est quand la vie. C’est par la, tout droit. A contre courant.
Passer le temps a rafistoler l’âme.
Croire en sa force et puis lâcher prise.
Dégringoler. Avoir peur de soi. De la partie inconnue. De celle qui brise.
Être sur la passerelle du sofala. La nuit tombe sur le cargo.
Sur le sommeil des hommes. Les machines au ralenti. Le sofala m’emmène, agrandissant la déchirure du héros, qui mourra à la barre entrainant son secret, dans les entrailles de la mer.
Plein soleil. Je faisais plus l’acteur.
Chaque mot a été écrit avec amour, avec doute et ténacité. L’oiseau multicolore en est le nocturne témoins. Blaise et Jack, Malcom et Jo, Antoine et Scott. Arthur aussi sont mes amis. Ils ont écrit des livres que je n’écrirai jamais. Je les aime. Je sais que de la –haut, ils m’ont donné de l’appétit.

Ouvert les mots déchirures. Les mots romanesques. Le désir des mots. Le désir de la vie.
Le grand singe est triste. Il voit son ami désemparé. Perdu.
Faut- il avoir été si grand pêcheur pour aimer comme il aime.
Avec fureur………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………


« La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine »

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#10 24 08 2009 16:16:18

Antigone
Membre

Re : BOUQUIN.

Merci Corto, superbe !


Les pieds par terre et la tête dans les étoiles.

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#11 24 09 2009 13:29:27

Funy girl
Membre

Re : BOUQUIN.

Connaissez vous les 10 droits imprescriptibles des lecteurs????

Pour n'en citer que quelques uns:

Le droit de ne pas lire.
Le droit de sauter des pages.
Le droit de ne pas finir un livre.
Le droit de relire.
Le droit de lire n'importe quoi.
Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
Le droit de lire n'importe où.
Le droit de grappiller.
Le droit de lire à haute voix.
Le droit de nous taire.

Daniel PENNAC, Comme un roman.

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#12 24 09 2009 16:51:54

confiance
Membre

Re : BOUQUIN.

J'aime bien Pennac, merci Funy girl;
En ce moment, je lis un superbe livre de Jodorowsky sur le tarot.....de bien belles explications sur cette PS que j'ai souvent du mal à cerner; quand à le vivre, ce sera pour plus tard roll
J'essaye de faire ce que j'ai souvent fait avec les livres: échapper à une réalité qui ne me convient pas. C'est fou de refaire ce qui ne fonctionne pas
Bon, demain c'est ma réunion
biz

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#13 14 04 2010 10:30:06

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

Je peux voir la canopée comme des vagues immobiles auxquelles seul le vent de la montagne donne une vie de mer sombre. Il traîne des brumes alanguies que le soleil levant finit toujours par enflammer. Au-delà il y a un grand fleuve et bien au-delà la mer, la vraie, l'infinie, qui se dessine parfois comme un trait de lumière pour souligner l'indéfini du ciel. J'aime cet endroit comme une escale de paix. Je suis un égaré ayant décidé de se poser, de rester là dans chaque instant des souffles. J'écoute l'oiseau, un chant sur la page de silence. A la fin du jour il y a celui des voix de la vallée, isolées comme des notes échappées. J'apprends l'attente, celle de l'instant, celle de la pluie, des jours à venir, de la nuit, de la première étoile, celle du feu pour les repas et pour réchauffer les soirs. J'attends sans impatience, en vivant l'instant comme une éternité. Ajouté à ce bonheur, il y a l'inattendu de cette vie là-haut, les coups de vent soudains qui annoncent l'orage. Il y a alors une plainte rugueuse des écorces blessées, un bavardage précipité du feuillage sous les ailes sombres des nuages, et je me régale d'un poignard de feu, derrière les voiles d'eau. Il me semble que ces instants-là ne peuvent finir. Tous les soirs avant la noyade solaire, quand l'ombre du petit sycomore s'étire en géant, je m'assois sur le tronc couché qui barre le sentier. J'ai alors, comme le veilleur, le sentiment de garder un territoire.

1ère page du livre de Bernard Gireaudeau "Les dames de nage".

http://www.passiondulivre.com/livre-372 … e-nage.htm


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#14 02 12 2010 16:09:07

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

Brigitte Fontaine en toutes lettres

Lecture musicale accompagnée par Areski Belkacem et Yan Péchin

Enregistrée en public dans le cadre des Correspondances de Manosque au Théâtre Jean-le-Bleu le 22 septembre 2010

« Fusée cavalière des arts et des lettres, Brigitte Fontaine visite les dimensions de son époque en chevauchant les univers de l’underground et du star-system. Elle écrit et chante son odyssée déjantée en balayant les conventions. Que le succès populaire la télescope et elle galope aussitôt vers d’autres terres. Son œuvre littéraire et poétique, pourtant foisonnante depuis le théâtre expérimental qui la consacra à ses débuts, est moins connue du grand public. Nous aurons donc la chance de l’écouter nous offrir un parcours de lectures.

Dans ses textes, chansons et livres, Brigitte Fontaine est une pythie sympathique, parfois sans pitié, qui déclame vérités et absurdités avec la majesté d’une diva chaleureuse ou lointaine. Unique habitante d’un château intérieur qu’elle nous convie à visiter sous un jour inédit, elle mêlera comédie et musique. »

Textes choisis par Benoît Mouchart, extraits de Chroniques du bonheur aux éditions des femmes, L’inconciliabule aux éditions des Belles Lettres-Archimbaud, Paso Doble, Nouvelles de l’exil et Le bon peuple du sang chez Flammarion ainsi que des extraits de textes de Portrait de l’artiste en déshabillé de soie à paraître chez Flammarion.

http://www.soundcloud.com/rooran/brigit … a-manosque


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#15 09 09 2011 13:58:53

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

LE CIEL N'AIME PAS LE BLEU christophe paviot

cet après midi, gisèle s''est occupée de césar. Elle en a marre de le voir grimper la petite chienne. Il faut avouer que lorsqu'elle les a, ses trucs, elle n'est vraiment pas farouche. Limite évervante même si on a le malheur de s'appeler César, qu'on est un braque de Weimar, qu'on a les pattes beaucoup trop longues pour se branler, qu'on manque de souplesse et surtout qu'on a la langue carrément trop courte pour se sucer, ouais c'est énervant.

l'affaire a été vite réglée...son gros bras de robot à elle n nique les flans du chien. de sa main libre, gisèle immobilise les testicules de l'animal...avec un couteau taillé dans la barbarie, elle incise les couilles de césar..

césar connait sont texte. il ferme sa gueule. les braques c'est dingue,  c'est très attitude comme chiens. ils peuvent rester des heures immobiles avec une énorme perruque d'indien sur la tête, assis dans un kanoê kayac dérivant au grès des courants par exemple.

...elle les visse lentement, comme on tourne un bout de métal jusqu'à ce qu'il cède..les deux gonades rebondissent enfin dans la poussière et la caillasse. Gisèle chasses ses estimations sommaires de la chair d'un morceau de pied lourd et blasé..

..les autres chiens s'approchent et se déchirent mutuellement tandis qu'un chat emporte le trésor vers les branches noircies d'un ceriser vide.

après la soupe du soir, impossible d'avaler quoique ce soit. pas même un bout de saucisson, encore moins les cornichons...


..équipé de Noel, je rejoins raymond et les autres au bistrot....je me ressaisis....le souvenir des cornichons. réalisant soudain qu'au beau milieu de ce mot hideux se cachent deux segments fragiles et sympathiques: le corps et les nichons...je laisse tomber, passagèrement détruit, car après tout , les cornichons , tout le monde s'en fout.

Dernière modification par dominette50 (09 09 2011 15:00:48)

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#16 09 09 2011 17:17:36

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

Plutôt que vulgairement baiser avec n'importe quelle gonzesse !!! Je préfère à 200 % cela :

http://www.youtube.com/watch?feature=pl … _cuQFqlpk#!


La voix est libre !!!

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#17 09 09 2011 20:21:03

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

en regardant la vidéo je me suis rappelée de ce titre

La première gorgée de bière
et autres plaisirs minuscules »
Philippe Delerm

et bien sur de cet extrait nettement plus phantasmant que l'extrait concernant le chien césar, quoique je dois avouer, que sur le moment, le recopiage de celui-ci avait un petit arrière gout nettement jouissif...

[Et pour vous ?
Un banana-split.
C’est assez difficile à commander, cette montagne de bonheur simple. Le garçon l’enregistre avec une objectivité déférente, mais on se sent quand même un peu penaud. Il y a quelque chose d’enfantin dans ce désir total, que ne vient cautionner aucune morale diététique, aucune réticence esthétique. Banana-split, c’est la gourmandise provocante et puérile, l’appétit brut. Quand on vous l’apporte, les clients des tables voisines lorgnent l’assiette avec un œil goguenard. Car c’est servi sur une assiette, le banana-split, ou dans une vaste barquette à peine plus discrète. Partout, dans la salle, ce ne sont que coupes minces pour cigognes, gâteaux étroits dont l’intensité chocolatée se recueille dans une étique soucoupe. Mais le banana-split s’étale : c’est un plaisir à ras de terre. Un vague empilement de la banane sur des boules de vanille et de chocolat n’empêche pas la surface exacerbée par une dose généreuse de chantilly ringarde. Des milliers de gens sur terre meurent de faim. Cette pensée est recevable à la rigueur devant un pavé de chocolat amer. Mais comment l’affronter face au banana-split ? La merveille étalée sous le nez, on n’a plus vraiment faim. Heureusement, le remords s’installe. C’est lui qui vous permettra d’aller au bout de cette douceur languissante. Une perversité salubre vient à la rescousse de l’appétit flageolant. Comme on volait enfant des confitures dans l’armoire, on dérobe au monde adulte un plaisir indécent, réprouvé par les codes -- jusqu’à l’ultime cuillerée, c’est un péché.]

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#18 10 09 2011 17:11:46

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

3ème saison de "Ca peut pas faire de mal", lectures par Guillaume Gallienne de différents écrivains : Grands moments de calme et de sérénité...

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=145351


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#19 10 09 2011 18:48:16

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

fabuleux...ya tout dedans...des gosses, ds drames, des cornichons et des concombres russes et un merveilleux final sur la beauté et puissance de la vie...

je lis moins c'est bien dommage, je lis en vacances..

quant à france inter, ce type d'émission c'est magique en voiture lors de longs trajets, la puissance des mots par l'écoute et une autre forme d'imaginaire..

merci à toi

c'est trop beau la langue russe

Dernière modification par dominette50 (10 09 2011 18:55:18)

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#20 11 09 2011 12:07:21

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

Camara Laye
L'Enfant Noir

Editions Plon. Paris. 1953. 221 p.

J'étais enfant et je jouais près de la case de mon père. Quel âge avais-je en ce temps-là ? Je ne me rappelle pas exactement. Je devais être très jeune encore: cinq ans, six ans peut-être. …Brusquement j'avais interrompu de jouer, l'attention, toute mon attention, captée par un serpent qui rampait autour de la case, qui vraiment paraissait se promener autour de la case; et je m'étais bientôt approché. J'avais ramassé un roseau qui traînait dans la cour — il en traînait toujours, qui se détachaient de la palissade de roseaux tressés qui enclot notre concession — et, à présent, j'enfonçais ce roseau dans la gueule de la bête. Le serpent ne se dérobait pas… Autour de moi, on menait grand bruit; ma mère surtout criait fort et elle me donna quelques claques. Je me mis à pleurer, plus ému par le tumulte qui s'était si opinément élevé, que par les claques que j'avais reçues…
Mon domaine, en ce temps-là, c'était la véranda qui entourait la case de mon père, c'était la case de ma mère, c'était l'oranger planté au centre de la concession.
Depuis qu'on m'avait défendu de jouer avec les serpents, sitôt que j'en apercevais un, j'accourais chez ma mère.
— Il y a un serpent ! criais-je.
— Encore un ! s'écriait ma mère.
Et elle venait voir quelle sorte de serpent c'était. Si c'était un serpent comme tous les serpents — en fait, ils différaient fort ! — elle le tuait aussitôt à coups de bâton, et elle s'acharnait, comme toutes les femmes de chez nous, jusqu'à le réduire en bouillie, tandis que les hommes, eux, se contentent d'un coup sec, nettement assené.
Un jour pourtant, je remarquai un petit serpent noir au corps particulièrement brillant, qui se dirigeait sans hâte vers l'atelier. Je courus avertir ma mère, comme j'en avais pris l'habitude ; mais ma mère n'eut pas plus tôt aperçu le serpent noir, qu'elle me dit gravement :
— Celui-ci, mon enfant, il ne faut pas le tuer ; ce serpent n'est pas un serpent comme les autres, il ne te fera aucun mal ; néanmoins ne contrarie jamais sa course.
Personne, dans notre concession, n'ignore que ce serpent-là, on ne devait pas le tuer, sauf moi, sauf mes petits compagnons de jeu, je présume, qui étions encore des enfants naïfs.
— Ce serpent, ajouta ma mère, est le génie de ton père.
Je considérai le petit serpent avec ébahissement. Il poursuivait sa route vers l'atelier ; il avançait gracieusement, très sûr de lui, eût-on dit, et comme conscient de son immunité ; son corps éclatant et noir étincelait dans la lumière crue. Quand il fut parvenu à l'atelier, j'avisai pour la première fois qu'il y avait là, ménagé au ras du sol, un trou dans la paroi. Le serpent disparut par ce trou.
— Tu vois : le serpent va faire visite à ton père, dit encore ma mère.
Sitôt après le repas du soir, quand, les palabres terminées, mon père eut pris congé de ses amis et se fut retiré sous la véranda de sa case, je me rendis près de lui. Je commençai par le questionner à tort et à travers, comme font les enfants, et sur tous les sujets qui s'offraient à mon esprit ; dans le fait, je n'agissais pas autrement que les autres soirs ; mais, ce soir-là, je le faisais pour dissimuler ce qui m'occupait, cherchant l'instant favorable où, mine de rien, je poserais la question qui me tenait si fort à coeur, depuis que j'avais vu le serpent noir se diriger vers l'atelier. Et tout à coup, n'y tenant plus, je dis :
— Père, quel est ce petit serpent qui te fait visite ?
— De quel serpent parles-tu ?
— Eh bien ! du petit serpent noir que ma mère me défend de tuer.
— Ah ! fit-il.
Il me regarda un long moment. Il paraissait hésiter à me répondre. Sans doute pensait-il à mon âge, sans doute se demandait-il s'il n'était pas un peu tôt pour confier ce secret à un enfant de douze ans. Puis subitement il se décida.
— Ce serpent, dit-il, est le génie de notre race. Comprends-tu ?
— Oui, dis-je, bien que je ne comprisse pas très bien.
— Ce serpent, poursuivit-il, est toujours présent ; toujours il apparaît à l'un de nous. Dans notre génération, c'est à moi qu'il s'est présenté.
— Oui, dis-je.
Et je l'avais dit avec force, car il me paraissait évident que le serpent n'avait pu se présenter qu'à mon père. N'était-ce pas mon père qui était le chef de la concession? N'était-ce pas lui qui commandait tous les forgerons de la région ? N'était-il pas le plus habile ? Enfin n'était-il pas mon père ?
— Comment s'est-il présenté ? dis-je.
— Il s'est d'abord présenté sous forme de rêve. Plusieurs fois, il m'est apparu et il me disait le jour où il se présenterait réellement à moi, il précisait l'heure et l'endroit. Mais moi, la première fois que je le vis réellement, je pris peur. Je le tenais pour un serpent comme les autres et je dus me contenir pour ne pas le tuer. Quand il s'aperçut que je ne lui faisais aucun accueil, il se détourna et repartit par où il était venu. Et moi, je le regardais s'en aller, et je continuais de me demander si je n'aurais pas dû bonnement le tuer, mais une force plus puissante que ma volonté me retenait et m'empêchait de le poursuivre. Je le regardai disparaître. Et même à ce moment, à ce moment encore, j'aurais pu facilement le rattraper: il eut suffit de quelques enjambées; mais une sorte de paralysie m'immobilisait. Telle fut ma première rencontre avec le petit serpent noir.
Il se tut un moment, puis reprit :
— La nuit suivante, je revis le serpent en rêve.
« Je suis venu comme je t'en avais averti, dit-il, et toi, tu ne m'as fait nul accueil ; et même je te voyais sur le point de me faire mauvais accueil : je lisais dans tes yeux. Pourquoi me repousses-tu ? Je suis le génie de ta race, et c'est en tant que génie de ta race que je me présente à toi comme au plus digne. Cesse donc de me craindre et prends garde de me repousser, car je t'apporte le succès. » Dès lors, j'accueillis le serpent quand, pour la seconde fois, il se présenta ; je l'accueillis sans crainte, je l'accueillis avec amitié, et lui ne me fit jamais que du bien.
Mon père se tut encore un moment, puis il dit :
— Tu vois bien toi-même que je ne suis pas plus capable qu'un autre, que je n'ai rien de plus que les autres, et même que j'ai moins que les autres puisque je donne tout, puisque je donnerais jusqu'à ma dernière chemise. Pourtant je suis plus connu que les autres, et mon nom est dans toutes les bouches, et c'est moi qui règne sur tous les forgerons des cinq cantons du cercle. S'il en est ainsi, c'est par la grâce seule de ce serpent, génie de notre race. C'est à ce serpent que je dois tout, et c'est lui aussi qui m'avertit de tout. Ainsi je ne m'étonne point, à mon réveil, de voir tel ou tel m'attendant devant l'atelier : je sais que tel ou tel sera là. Je ne m'étonne pas davantage de voir se produire telle ou telle panne de moto ou de vélo, ou tel accident d'horlogerie : d'avance je savais ce qui surviendrait. Tout m'a été dicté au cours de la nuit et, par la même occasion, tout le travail que j'aurais à faire, si bien que, d'emblée, sans avoir à y réfléchir, je sais comment je remédierai à ce qu'on me présente ; et c'est cela qui a établi ma renommée d'artisan. Mais, dis-le-toi bien, tout cela, je le dois au serpent, je le dois au génie de notre race.
Il se tut, et je sus alors pourquoi, quand mon père revenait de promenade et entrait dans l'atelier, il pouvait dire aux apprentis : « En mon absence, un tel ou un tel est venu, il était vêtu de telle façon, il venait de tel endroit et il apportait tel travail. » Et tous s'émerveillaient fort de cet étrange savoir. A présent, je comprenais d'où mon père tirait sa connaissance des événements. Quand je relevai les yeux, je vis que mon père m'observait.
— Je t'ai dit tout cela, petit, parce que tu es mon fils, l'aîné de mes fils, et que je n'ai rien à te cacher. Il y a une manière de conduite à tenir et certaines façons d'agir, pour qu'un jour le génie de notre race se dirige vers toi aussi.
J'étais, moi, dans cette ligne de conduite qui détermine notre génie à nous visiter ; oh ! inconsciemment peut-être, mais toujours est-il que si tu veux que le génie de notre race te visite un jour, si tu veux en hériter à ton tour, il faudra que tu adaptes ce même comportement ; il faudra désormais que tu me fréquentes davantage.
Il me regardait avec passion et, brusquement, il soupira.
— J'ai peur, j'ai bien peur, petit, que tu ne me fréquentes jamais assez. Tu vas à l'école et, un jour, tu quitteras cette école pour une plus grande. Tu me quitteras, petit …
Et de nouveau il soupira. Je voyais qu'il avait le coeur lourd. La lampe-tempête, suspendue à la véranda, l'éclairait crûment. Il me parut soudain comme vieilli.
— Père! m'écriai-je.
— Fils … dit-il à mi-voix.
Et je ne savais plus si je devais continuer d'aller à l'école ou si je devais demeurer dans l'atelier : j'étais dans un trouble inexprimable.
— Va maintenant, dit mon père. …
Je me levai et me dirigeai vers la case de ma mère. La nuit scintillait d'étoiles, la nuit était un champ d'étoiles ; un hibou ululait, tout proche. Ah où était ma voie ? Savais-je encore où était ma voie? Mon désarroi était à l'image du ciel : sans limites ; mais ce ciel, hélas! était sans étoiles... J'entrai dans la case de ma mère, qui était alors la mienne, et me couchai aussitôt. Le sommeil pourtant me fuyait, et je m'agitais sur ma couche.
Par la suite, il ne fut plus question entre nous du petit serpent noir : mon père m'en avait parlé pour la première et la dernière fois. Mais, dès lors, sitôt que j'apercevais le petit serpent, je courais m'asseoir dans l'atelier. Je regardais le serpent se glisser par le trou de la paroi. Comme averti de sa présence, mon père à l'instant tournait le regard vers la paroi et souriait. Le serpent se dirigeait droit sur lui, en ouvrant la gueule. Quand il était à portée, mon père le caressait avec la main, et le serpent acceptait sa caresse par un frémissement de tout le corps ; jamais je ne vis le petit serpent tenter de lui faire le moindre mal. Cette caresse et le frémissement qui y répondait — mais je devrais dire: cette caresse qui appelait et le frémissement qui y répondait — me jetaient chaque fois dans une inexprimable confusion: je pensais à je ne sais quelle mystérieuse conversation ; la main interrogeait, le frémissement répondait …
Oui, c'était comme une conversation. Est-ce que moi aussi, un jour, je converserais de cette sorte ? Mais non ; je continuais d'aller à l'école ! Pourtant j'aurais voulu, j'aurais tant voulu poser à mon tour ma main sur le serpent, comprendre, écouter à mon tour ce frémissement, mais j'ignorais comment le serpent eût accueilli ma main et je ne pensais pas qu'il eût maintenant rien à me confier, je craignais bien qu'il n'eut rien à me confier jamais …
Quand mon père jugeait qu'il avait assez caressé le petit animal, il le laissait ; le serpent alors se lovait sous un des bords de la peau de mouton sur laquelle mon père était assis, face à son enclume…

Dernière modification par dominette50 (11 09 2011 12:27:22)

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#21 22 09 2011 21:13:55

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

Henri Michaux
par lui-même

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie. (Face aux verrous; 1954).

Avec tes défauts, pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger.

Qu'irais-tu mettre à la place ?

Tu laisses quelqu'un nager en toi, aménager en toi, faire du plâtre en toi et tu veux encore être toi-même !

Va jusqu'au bout de tes erreurs, au moins de quelques-unes, de façon à en bien pouvoir observer le type. Sinon, t'arrêtant à mi-chemin, tu ira toujours aveuglément reprenant le même genre d'erreurs, de bout en bout de ta vie, ce que certains appelleront ta "destinée". L'ennemi qui est ta structure, force-le à se découvrir. Si tu n'as pas pu gauchir ta destinée, tu n'auras été qu'un appartement à louer.

Si tu traces, une route, attention, tu auras du mal à revenir à l'étendue.

... Bêtes pour avoir été intelligents trop tôt. Toi, ne te hâte pas vers l'adaptation. Toujours garde en réserve de l'inadaptation.

L'homme qui sait se reposer, le cou sur une ficelle tendue, n'aura que faire des enseignements d'un philosophe qui aura besoin d'un lit.

Communiquer ? Toi aussi tu voudrais communiquer ?
Communiquer quoi? Tes remblais ? - la même erreur toujours.
Vos remblais les uns les autres ?
Tu n'es pas encore assez intime avec toi, malheureux, pour avoir à communiquer."

Extraits de Poteaux d'angle, Gallimard, 1981.

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#22 23 09 2011 06:28:16

tiger
---

Re : BOUQUIN.

.

Dernière modification par tiger (23 09 2011 06:29:40)

#23 23 09 2011 22:14:53

dominette50
Membre

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#24 24 09 2011 14:29:11

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

Extrait des Pensées de Pascal: le texte du pari



Pari sur Dieu

Notre âme est jetée dans le corps, où elle trouve nombre, temps, dimensions. Elle raisonne là-dessus, et appelle cela nature, nécessité, et ne peut croire autre chose.
L’unité jointe à l’infini ne l’augmente de rien, non plus qu’un pied à une mesure infinie. Le fini s’anéantit en présence de l’infini, et devient un pur néant. Ainsi notre esprit devant Dieu ; ainsi notre justice devant la justice divine. Il n’y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, qu’entre l’unité et l’infini.
[…]
Nous connaissons qu’il y a un infini, et ignorons sa nature. Comme nous savons qu’il est faux que les nombres soient finis, donc il est vrai qu’il y a un infini en nombre. Mais nous ne savons ce qu’il est : il est faux qu’il soit pair, il est faux qu’il soit impair ; car, en ajoutant 1 unité, il ne change point de nature ; cependant c’est un nombre, et tout nombre est pair ou impair (il est vrai que cela s’entend de tout nombre fini). Ainsi on peut bien connaître qu’il y a un Dieu sans savoir ce qu’il est.
[…]
Nous connaissons donc l’existence et la nature du fini parce que nous sommes finis et étendus comme lui. Nous connaissons l’existence de l’infini et ignorons sa nature, parce qu’il est doté d’étendue comme nous, et que, contrairement à nous, il n’a pas de bornes. Mais nous ne connaissons ni l’existence ni la nature de Dieu, parce qu’il n’a ni étendue ni bornes.
Mais par la foi nous connaissons son existence ; par la gloire nous connaîtrons sa nature. Or, j’ai déjà montré qu’on peut bien connaître l’existence d’une chose, sans connaître sa nature.

Parlons maintenant selon les lumières naturelles.
S’il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, n’ayant ni parties ni bornes, il n’a nul rapport avec nous. Nous sommes donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. Cela étant, qui osera entreprendre de résoudre cette question ? Ce n’est pas nous, qui n’avons aucun rapport à lui.

Qui blâmera donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur croyance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison ? Ils déclarent, en l’exposant au monde, que c’est une sottise, et puis, vous vous plaignez de ce qu’ils ne la prouvent pas. S’ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole : c’est en manquant de preuves qu’ils ne manquent pas de sens.

« Oui ; mais encore que cela excuse ceux qui l’offrent telle, et que cela les ôte de blâme de la produire sans raison, cela n’excuse pas ceux qui la reçoivent. »
Examinons donc ce point, et disons : Dieu est, ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux.

Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n’en savez rien.
— « Non; mais je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix ; car, encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier ».—
Oui ; mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagnez donc qu’il est, sans hésiter.
[…]
Et ainsi, notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et un infini à gagner. Cela est démonstratif ; et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle là l’est.
[…]

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#25 25 09 2011 10:13:11

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

tiger a écrit :

.

bingo

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#26 25 09 2011 18:10:57

STEPSIX
Membre

Re : BOUQUIN.

adèle a écrit :

merci pour ce topic Corto, un topic pour les amoureux des livres smile

"Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère"

Erri de Luca / Trois chevaux

je les laisse sur un banc avec mon courriel comme une bouteille à la mer . j'ai eu des feed back sympa....


clean de tous produits:11/11/2007

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#27 25 09 2011 21:31:33

corto
Membre

Re : BOUQUIN.

Bienvenue STEPSIX


« La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine »

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#28 25 09 2011 22:28:49

evie
Membre

Re : BOUQUIN.

eh Step six, j'aime bien l'idée ...


Merci NA

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#29 26 09 2011 05:55:17

Arlesien
Membre

Re : BOUQUIN.

Oui quelle jolie idée stepix, et un geste plein de sagesse ,de partage .
Franchement ça me plaît !


C'est un bon jour pour "Vivre" aujourd'hui!
        dixit  - Peau de la Vieille Hutte -

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#30 28 09 2011 17:15:40

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

Max a toujours de la sciure dans sa moustache. Il est menuisier en retraite, parait-il… Au bout du deuxième perniflard il dit qu'il va me filer un coup de main pour poser les placards dans la chambre de ma fille. On prend des rendez-vous, je l'attends, il vient pas... Il a l'air à chaque fois tellement catastrophé que j'ose pas l'engueuler. Mais ma gamine, qui ne sait rien de sa tronche de Gepetto contrarié, elle grognonne ! Déjà qu'elle est pas contente que maintenant je traîne un peu dans les bistrots, le soir, après le gratin… Elle, elle me dit que si j'avais commandé la pose en même temps, chez Casto, ça serait fait! Je peux quand même pas lui avouer que j'ai tiré ces foutus planches et cent vingt-cinq mètres de cuivre sur un chantier avec Lulu. Ça ferait encore des histoires. C’est qu’elle est pas commode ma fille ! Elle a le même caractère que sa mère…

Oh sa mère… Le tableau… Je supportais plus…

J’y ai foutu le chaud Roger dans les pattes, à ma grosse. Il était pas contre. Tu penses… Depuis qu’il est veuf, c’est pas souvent qu’il guimpe… On s’était arrangé tous les deux, mis d’accord sur le prix du service. Hé ! Entre nous, il se la pète le Roger, ses charmes valent pas le montant qu’il exige. Si j’ai banqué cher, c’est pour conclure vite… Je leur suis tombé sur le poil, entre deux dépannages, un midi, prétextant un yaourt pour compléter ma galtouse! Ah, fallait les voir ! Ma pauvre Maryse qui débordait de sa nuisette en satinette et mon Roger qui lui roulait des saucisses, le valseur à mi-cuisse… Ajoutez en bande son le canapé du salon qui grinçait rythmiquement ! Un régal d’amateur de cocasse ! Bon, passons… J’ai fait mon numéro ! « Salope!» que je gueulais, les bras en l’air… Et tandis qu’elle ramassait son string noir (pauvre Maryse…) pour battre en retraite dans la chambre à coucher, je faisais les deux pouces triomphants à mon cabot de Roger qui se marrait comme une baleine… « J’ai cru que t’allais jamais arriver » qu’il m’a dit à l’étouffée en remontant son falzar. On a beau avoir cinquante piges, on est restés gamins…

Trois jours après, penaude, elle avait foutu le camp. On s’emploie pendant des années à dégouter son conjoint sans succès alors qu’il suffit d’une combine amusante pour vous en débarrasser… Ce que c’est, tout de même, d’avoir de l’imagination… Où j’en étais ?…  Oui, ma fille… Je pensais qu’elle prendrait fait et cause pour sa vieille, moi, et qu’elle lui emboiterait la tangente… Ben, pas du tout ! Elle a pas digéré l’incartade de sa mère ! Veut plus la voir ! Elle s’impose une mission : rester avec moi pour pas que je me laisse abattre. Elle interprète mes apéros du soir comme des « tentatives d’automédications antidépressives » (elle ferait bien d’arrêter la fac de psycho, ça lui prend le chou !)…

Et en plus elle m’emmerde pour que je lui monte ses placards !!! 

Va falloir que je monte une bricole pour m’en débarrasser… Je crois qu’il est grand temps que je l’aide à conclure son œdipe…



SOLUTO

Dernière modification par dominette50 (28 09 2011 17:30:36)

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#31 29 09 2011 19:41:20

dominette50
Membre

Re : BOUQUIN.

...

Dernière modification par dominette50 (29 09 2011 19:46:16)

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#32 02 10 2011 14:16:09

dominette50
Membre

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#34 15 11 2011 06:35:55

Claire
Membre

Re : BOUQUIN.

Bonjour Addict0 smile smile smile

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#35 28 11 2011 19:03:11

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

Guy de Maupassant, Des vers :

I

Un lourd soleil tombait d’aplomb sur le lavoir ;
Les canards engourdis s’endormaient dans la vase,
Et l’air brûlait si fort qu’on s’attendait à voir
Les arbres s’enflammer du sommet à la base.
J’étais couché sur l’herbe auprès du vieux bateau
Où des femmes lavaient leur linge. Des eaux grasses,
Des bulles de savon qui se crevaient bientôt
S’en allaient au courant, laissant de longues traces.
Et je m’assoupissais lorsque je vis venir,
Sous la grande lumière et la chaleur torride,
Une fille marchant d’un pas ferme et rapide,
Avec ses bras levés en l’air, pour maintenir
Un fort paquet de linge au-dessus de sa tête.
La hanche large avec la taille mince, faite
Ainsi qu’une Vénus de marbre, elle avançait
Très droite, et sur ses reins, un peu, se balançait.
Je la suivis, prenant l’étroite passerelle
Jusqu’au seuil du lavoir, où j’entrai derrière elle.

Elle choisit sa place, et dans un baquet d’eau,
D’un geste souple et fort abattit son fardeau.
Elle avait tout au plus la toilette permise ;
Elle lavait son linge ; et chaque mouvement
Des bras et de la hanche accusait nettement,
Sous le jupon collant et la mince chemise,
Les rondeurs de la croupe et les rondeurs des seins.
Elle travaillait dur ; puis, quand elle était lasse,
Elle élevait les bras, et, superbe de grâce,
Tendait son corps flexible en renversant ses reins.
Mais le puissant soleil faisait craquer les planches ;
Le bateau s’entr’ouvrait comme pour respirer.
Les femmes haletaient ; on voyait sous leurs manches
La moiteur de leurs bras par place transpirer
Une rougeur montait à sa gorge sanguine.
Elle fixa sur moi son regard effronté,
Dégrafa sa chemise, et sa ronde poitrine
Surgit, double et luisante, en pleine liberté,
Écartée aux sommets et d’une ampleur solide.
Elle battait alors son linge, et chaque coup
Agitait par moment d’un soubresaut rapide
Les roses fleurs de chair qui se dressent au bout.

Un air chaud me frappait, comme un souffle de forge,
A chacun des soupirs qui soulevaient sa gorge.
Les coups de son battoir me tombaient sur le coeur !
Elle me regardait d’un air un peu moqueur ;
J’approchai, l’oeil tendu sur sa poitrine humide
De gouttes d’eau, si blanche et tentante au baiser.
Elle eut pitié de moi, me voyant très timide,
M’aborda la première et se mit à causer.
Comme des sons perdus m’arrivaient ses paroles.
Je ne l’entendais pas, tant je la regardais.
Par sa robe entr’ouverte, au loin, je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d’ardeurs folles ;
Puis, comme elle partait, elle me dit tout bas
De me trouver le soir au bout de la prairie.

Tout ce qui m’emplissait s’éloigna sur ses pas ;
Mon passé disparut ainsi qu’une eau tarie :
Pourtant j’étais joyeux, car en moi j’entendais
Les ivresses chanter avec leur voix sonore.
Vers le ciel obscurci toujours je regardais,
Et la nuit qui tombait me semblait une aurore !

II

Elle était la première au lieu du rendez-vous.
J’accourus auprès d’elle et me mis à genoux,
Et promenant mes mains tout autour de sa taille
Je l’attirais. Mais elle, aussitôt, se leva
Et par les prés baignés de lune se sauva.
Enfin je l’atteignis, car dans une broussaille
Qu’elle ne voyait point son pied fut arrêté.

Alors, fermant mes bras sur sa hanche arrondie,
Auprès d’un arbre, au bord de l’eau, je l’emportai.
Elle, que j’avais vue impudique et hardie,
Était pâle et troublée et pleurait lentement,
Tandis que je sentais comme un enivrement
De force qui montait de sa faiblesse émue.

Quel est donc et d’où vient ce ferment qui remue
Les entrailles de l’homme à l’heure de l’amour ?

La lune illuminait les champs comme en plein jour.
Grouillant dans les roseaux, la bruyante peuplade
Des grenouilles faisaient un grand charivari ;
Une caille très loin jetait son double cri,
Et, comme préludant à quelque sérénade,
Des oiseaux réveillés commençaient leurs chansons.
Le vent me paraissait chargé d’amours lointaines,
Alourdi de baisers, plein des chaudes haleines
Que l’on entend venir avec de longs frissons,
Et qui passent roulant des ardeurs d’incendies.
Un rut puissant tombait des brises attiédies.
Et je pensai : “Combien, sous le ciel infini,
Par cette douce nuit d’été, combien nous sommes
Qu’une angoisse soulève et que l’instinct unit
Parmi les animaux comme parmi les hommes.”
Et moi j’aurais voulu, seul, être tous ceux-là !

Je pris et je baisai ses doigts ; elle trembla.
Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande
Et de thym, dont son linge était tout embaumé.
Sous ma bouche ses seins avaient un goût d’amande
Comme un laurier sauvage ou le lait parfumé
Qu’on boit dans la montagne aux mamelles des chèvres.
Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres :
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos,
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.
Les grenouilles, la caille, et les bruits et les voix
Se turent ; un silence énorme emplit l’espace.
Soudain, jetant aux vents sa lugubre menace,
Très loin derrière nous un chien hurla trois fois.

Mais quand le jour parut, comme elle était restée,
Elle s’enfuit. J’errai dans les champs au hasard.
La senteur de sa peau me hantait ; son regard
M’attachait comme une ancre au fond du coeur jetée.
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers,
Un lien nous tenait, l’affinité des chairs.

III

Pendant cinq mois entiers, chaque soir, sur la rive,
Plein d’un emportement qui jamais ne faiblit,
J’ai caressé sur l’herbe ainsi que dans un lit
Cette fille superbe, ignorante et lascive.
Et le matin, mordus encor du souvenir,
Quoique tout alanguis des baisers de la veille,
Dès l’heure où, dans la plaine, un chant d’oiseau s’éveille,
Nous trouvions que la nuit tardait bien à venir.

Quelquefois, oubliant que le jour dût éclore,
Nous nous laissions surprendre embrassés, par l’aurore.
Vite, nous revenions le long des clairs chemins,
Mes deux yeux dans ses yeux, ses deux mains dans mes mains.
Je voyais s’allumer des lueurs dans les haies,
Des troncs d’arbre soudain rougir comme des plaies,
Sans songer qu’un soleil se levait quelque part,
Et je croyais, sentant mon front baigné de flammes,
Que toutes ces clartés tombaient de son regard.
Elle allait au lavoir avec les autres femmes ;
Je la suivais, rempli d’attente et de désir.
La regarder sans fin était mon seul plaisir,
Et je restais debout dans la même posture,
Muré dans mon amour comme en une prison.
Les lignes de son corps fermaient mon horizon ;
Mon espoir se bornait aux noeuds de sa ceinture.
Je demeurais près d’elle, épiant le moment
Où quelque autre attirait la gaieté toujours prête ;
Je me penchais bien vite, elle tournait la tête,
Nos bouches se touchaient, puis fuyaient brusquement.
Parfois elle sortait en m’appelant d’un signe ;
J’allais la retrouver dans quelque champ de vigne
Ou sous quelque buisson qui nous cachait aux yeux.
Nous regardions s’aimer les bêtes accouplées,
Quatre ailes qui portaient deux papillons joyeux,
Un double insecte noir qui passait les allées.
Grave, elle ramassait ces petits amoureux
Et les baisait. Souvent des oiseaux sur nos têtes
Se becquetaient sans peur, et les couples des bêtes
Ne nous redoutaient point, car nous faisions comme eux.

Puis le coeur tout plein d’elle, à cette heure tardive
Où j’attendais, guettant les détours de la rive,
Quand elle apparaissait sous les hauts peupliers,
Le désir allumé dans sa prunelle brune,
Sa jupe balayant tous les rayons de Lune
Couchés entre chaque arbre au travers des sentiers,
Je songeais à l’amour de ces filles bibliques,
Si belles qu’en ces temps lointains on a pu voir,
Éperdus et suivant leurs formes impudiques,
Des anges qui passaient dans les ombres du soir.

IV

Un jour que le patron dormait devant la porte,
Vers midi, le lavoir se trouva dépeuplé.
Le sol brûlant fumait comme un boeuf essoufflé
Qui peine en plein soleil ; mais je trouvais moins forte
Cette chaleur du ciel que celle de mes sens.
Aucun bruit ne venait que des lambeaux de chants
Et des rires d’ivrogne, au loin, sortant des bouges,
Puis la chute parfois de quelque goutte d’eau
Tombant on ne sait d’où, sueur du vieux bateau.
Or ses lèvres brillaient comme des charbons rouges
D’où jaillirent soudain des crises de baisers,
Ainsi que d’un brasier partent des étincelles,
Jusqu’à l’affaissement de nos deux corps brisés.
On n’entendait plus rien hormis les sauterelles,
Ce peuple du soleil aux éternels cris-cris
Crépitant comme un feu parmi les prés flétris.
Et nous nous regardions, étonnés, immobiles,
Si pâles tous les deux que nous nous faisions peur ;
Lisant aux traits creusés, noirs, sous nos yeux fébriles,
Que nous étions frappés de l’amour dont on meurt,
Et que par tous nos sens s’écoulait notre vie.

Nous nous sommes quittés en nous disant tout bas
Qu’au bord de l’eau, le soir, nous ne viendrions pas.

Mais, à l’heure ordinaire, une invincible envie
Me prit d’aller tout seul à l’arbre accoutumé
Rêver aux voluptés de ce corps tant aimé,
Promener mon esprit par toutes nos caresses,
Me coucher sur cette herbe et sur son souvenir.

Quand j’approchai, grisé des anciennes ivresses,
Elle était là, debout, me regardant venir.

Depuis lors, envahis par une fièvre étrange,
Nous hâtons sans répit cet amour qui nous mange
Bien que la mort nous gagne, un besoin plus puissant
Nous travaille et nous force à mêler notre sang.
Nos ardeurs ne sont point prudentes ni peureuses ;
L’effroi ne trouble pas nos regards embrasés ;
Nous mourons l’un par l’autre, et nos poitrines creuses
Changent nos jours futurs comme autant de baisers.
Nous ne parlons jamais. Auprès de cette femme
Il n’est qu’un cri d’amour, celui du cerf qui brame.
Ma peau garde sans fin le frisson de sa peau
Qui m’emplit d’un désir toujours âpre et nouveau,
Et si ma bouche a soif, ce n’est que de sa bouche !
Mon ardeur s’exaspère et ma force s’abat
Dans cet accouplement mortel comme un combat.
Le gazon est brûlé qui nous servait de couche,
Et désignant l’endroit du retour continu,
La marque de nos corps est entrée au sol nu.

Quelque matin, sous l’arbre où nous nous rencontrâmes,
On nous ramassera tous deux au bord de l’eau.
Nous serons rapportés au fond d’un lourd bateau,
Nous embrassant encore aux secousses des rames.
Puis, on nous jettera dans quelque trou caché,
Comme on fait aux gens morts en état de péché.

Mais alors, s’il est vrai que les ombres reviennent,
Nous reviendrons, le soir, sous les hauts peupliers,
Et les gens du pays, qui longtemps se souviennent,
En nous voyant passer, l’un à l’autre liés,
Diront, en se signant, et l’esprit en prière :
“Voilà le mort d’amour avec sa lavandière.”


La voix est libre !!!

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#36 28 11 2011 19:47:42

thalassa
Membre

Re : BOUQUIN.

un poème de Cécile Sauvage qui s'appelle "Voeux simples":

Voeux simples

Vivre du vert des prés et du bleu des collines,
Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,
Des ruisseaux éblouis de l'argent des poissons ;
Vivre du cliquetis allègre des moissons,
Du clair halètement des sources remuées,
Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,
Des octobres semeurs de feuilles et de fruits
Et de l'enchantement lunaire au long des nuits
Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.
Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,
Gratter de la spatule une écuelle en bois,
Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix
Et voir, ronds et crémeux, sur l'émail des assiettes,
Des fromages caillés couverts de sarriettes.
Ne rien savoir du monde où l'amour est cruel,
Prodiguer des baisers sagement sensuels
Ayant le goût du miel et des roses ouvertes
Ou d'une aigre douceur comme les prunes vertes
À l'ami que bien seule on possède en secret.
Ensemble recueillir le nombre des forêts,
Caresser dans son or brumeux l'horizon courbe,
Courir dans l'infini sans entendre la tourbe
Bruire étrangement sous la vie et la mort,
Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,
La stérile pudeur et le tourment des gloses ;
Se tenir embrassés sur le néant des choses
Sans souci d'être grands ni de se définir,
Ne prendre de soleil que ce qu'on peut tenir
Et toujours conservant le rythme et la mesure
Vers l'accomplissement marcher d'une âme sûre.
Voir sans l'interroger s'écouler son destin,
Accepter les chardons s'il en pousse en chemin,
Croire que le fatal a décidé la pente
Et faire simplement son devoir d'eau courante.
Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu'on a,
Repousser le rayon que l'orgueil butina,
N'avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,
Mais jouir en son plein de la figue qu'on cueille,
Avoir comme une nonne un sentiment d'oiseau,
Croire que tout est bon parce que tout est beau,
Semer l'hysope franche et n'aimer que sa joie
Parmi l'agneau de laine et la chèvre de soie.


La voix est libre !!!

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#37 16 01 2012 23:46:20

Arlesien
Membre

Re : BOUQUIN.

" Quantique de l'apocalypse joyeuse"
       Paasilinna arto


C'est un bon jour pour "Vivre" aujourd'hui!
        dixit  - Peau de la Vieille Hutte -

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